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A quand la mobilisation des leaders politiques haïtiens dans la lutte contre le VIH/SIDA?
En mai 2003, des officiers sanitaires chargés d’examiner 317 haïtiens interceptés sur les cotes des Bahamas se munissent de gants et de masques. Il leur faut, disent-ils, se protéger d’éventuelles infections de la part de ces rapatriés. « Véritable violation de Droits Humains ! » s’exclame un témoin. Un haut fonctionnaire de l’état dominicain déclare récemment « Les haïtiens sont porteurs de VIH/SIDA en République Dominicaine ». La lutte contre le VIH-SIDA doit, selon des observateurs, dépasser le cadre de discussions de salon. Elle implique des interventions politiques efficaces qui visent à faire respecter les droits de la personne humaine. Mais jusqu’à quand nos leaders politiques, à la veille des élections, s’impliquent-ils dans la lutte contre le VIH-SIDA ?
50% des lits des hôpitaux sont occupés par les malades du SIDA, selon Mme Nirva Duval, infirmière épidémiologiste à l’UCC(Unité de Contrôle et de Coordination des programmes IST/VIH/SIDA). On observe parallèlement qu’un très faible budget de l’état haïtien est alloué à la santé. Les familles haïtiennes assurent jusqu’à 50% des dépenses relatives au soin de santé. Par contre une grande partie des recettes perçues par l’état constituent la paie des bandes armées, selon une enquête menée par les Nations Unies.On assiste ces derniers jours à la naissance de plusieurs partis politique, d’associations et d’autres mouvements citoyens. Le mot d’ordre : « N ap enskri n ap vote ». Il importe aussi de se demander quel parti mène un véritable débat politique sur les questions fondamentales liées à l’avenir des haïtiens. Jusqu’à quel niveau les leaders politiques intègrent-ils la problématique du VIH-SIDA dans leur programme ? Quand on connaît l’impact de cette pandémie qui va au-delà du domaine de la santé, puisqu’elle génère des répercussions sur les conditions économiques et sociales du pays. Et quand on considère, à l’instar de M. Holbrooke, un responsable de l’ ONUSIDA, la pandémie devient plus sérieux que les guerres, les famines, les conflits raciaux et même le terrorisme.
Ce que pensent les leaders politiques
On ne connaît pas encore de partis politiques en Haïti qui ont un plan d’intervention en matière de lutte contre le VIH-SIDA. Certains d’entre eux, en deux ou trois phrases, soulignent, tout au plus, dans leur livret la nécessité de s’impliquer dans la lutte. Mais on n’y retrouve pas les stratégies d’interventions qui contribueraient à cela. Pour certains leaders de la classe politique la problématique du SIDA est liée à la situation de pauvreté que connaît le pays. Par conséquent, la meilleure façon pour eux de réduire le taux de prévalence de la maladie, ce sont les élections à réaliser. Ils sont néanmoins témoins des nombreux affres de la maladie. Et un leader comme un autre a ses idées là-dessus.
Selon M. Marc L. BAZIN du MIDH, « Le sida menace le développement et la sécurité économique parce que la maladie porte atteinte à la population âgée entre 25 à 54 ans, des personnes en âges de travailler ; la force productrice du pays. » En effet, dans un pays durement touché comme Haïti, le sida réduira vraisemblablement le taux de croissance de la force du travail, selon l’Organisation Mondiale du Travail (OIT). Une étude exhaustive du PNUD relative à l’impact du VIH/SIDA sur les ressources humaines dans le secteur public haïtien montre, en effet, que la perte annuelle en fonctionnaires gouvernementaux a sextuplé entre 1990 et 2000, essentiellement à cause des décès prématurés dus à la pandémie.
Evans PAUL du parti « Konvansyon Inite Demokratik (KID) » dans son programme de santé globale, met l’accent sur une politique de proximité pouvant permettre la création de plusieurs centres de santé. « Créer une dynamisme permettant à chaque haïtien d’avoir un dossier médical » serait une réponse valable pouvant aider dans la lutte contre la maladie ». Par contre, « un service d’intelligence au profit du Ministère de la Santé Publique pouvant détecté les sources épidémiologiques », doit être une priorité de santé publique, selon Marie France Claude du parti Démocrate Chrétien Haïtien (PDCH).
Pour Micha Gaillard du parti Social Démocrate, il est de bon ton que tous les secteurs de la vie nationale participent activement dans cette lutte. Mais il n’est pas une nécessité urgente pour les leaders politiques de s’impliquer. Le représentant du parti Social Démocrate explique néanmoins que l a dépendance excessive à l’assistance externe, le bas niveau de participation de la population à l’action sanitaire, la position imprécise du ministère de la sant é publique vis-à-vis de la médecine traditionnelle, la centralisation du système de santé sont de grandes raisons explicatives des faiblesses de l’état haïtien dans le domaine de la santé.
Luc Mesadieu du Mouvement Chrétien pour une Nouvelle Haïti (MONCHRENA) a beaucoup d’idées sur la santé, mais peu sur le VIH-SIDA « Un secteur public efficace et adapté constitue un atout majeur pour fournir biens et services pour que la nation lutte avec succès contre le VIH et garantir la santé, la sécurité professionnelle du personnel de santé en fournissant information et équipements de protection », nous a-t-il confié.
La féminisation de la maladie
Les élections doivent avoir lieu en dépit de tout. Mais dans cette vague d’insécurité qui fait rage les femmes constituent le groupe le plus vulnérable dans la société, ainsi que l’a dénoncé incessamment la CONAP, ces derniers jours. La proportion de femmes parmi les malades du SIDA augment régulièrement, de l’avis des spécialistes. Près de la moitié de toutes les personnes infectées sont des femmes et des filles. La féminisation de la maladie, liée aux conditions de vie existante, représente un véritable défi pour les organisations féminines. Le kidnapping, phénomène nouveau en Haïti contribue grandement à l’augmentation de la maladie chez les femmes, victimes, le plus souvent, de viols dans ces situations. On note ainsi, en exemple, le cas de l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti(HUEH) qui recense quotidiennement 12 à 15 cas de viol, selon un membre du personnel de la maternité.
« Le risque de transmission du VIH s’accroît au court des rapports sexuels forcés ou violents », selon le Dr. Jean Ronel Joseph de l’Unité de coordination centrale (UCC). La pénétration vaginale ou anale forcée provoque des lésions qui facilitent le passage du virus toujours selon le Dr. Joseph.
La majorité des femmes sont gravement désavantagées sur le plan économique, juridique, culturel et social. Cette situation augmente la vulnérabilité des femmes selon Marc L. Bazin. Habituellement, les femmes dans leurs relations avec leurs partenaires sont sous la dépendance des hommes. Cette dépendance sociale et économique les prive souvent des moyens de contrôle de leurs relations sexuelles que ce soit dans le mariage ou le concubinage. « Quand on m’a expliqué que cette maladie se propageait surtout dans les rapports sexuels, j’ai commencé à me faire du souci au sujet de mon mari…Tant qu’il nous donnait de l’argent pour nos besoins, j’étais reconnaissante, même si je ne pouvais pas l’interroger sur ses relations féminines » déclare Jasmine PVVIH, âgée de 28 ans. Nirva Duval infirmière, épidémiologiste plaide en faveur des changements fondamentaux au niveau des valeurs culturelles, les droits et les besoins de la femme haïtienne pour réduire les risques de son infection.
Aucune guerre livrée dans ce monde ne se révèle plus destructrice que la pandémie du Sida a reconnu Colin Powell, secrétaire d’état américain. L’épidémie se présente comme étant un phénomène complexe et évolutif. Et une lutte efficace doit être non seulement l’affaire des ONGs, mais bien plus de l’État haïtien à qui incombe la responsabilité de doter à tous des possibilités réelles d’avoir accès à des soins sanitaires.
A la veille des élections, les leaders doivent se dépasser dans leur programme, et y inclure des actions qui visent réellement l’amélioration des conditions de vie de la population à tout point de vue. Un pays dont les individus sont malades, est un pays malade. Si les citoyens se portent bien, plus fort est le pays. L’adhésion à des principes de multi sectorialité pour la participation des secteurs public et privé se révèle certes, d’une importance capitale dans la lutte contre le VIH/SIDA. Mais aux grand maux les grand remèdes. Les leaders politiques doivent écarter les palabres sans fin et offrir aux votants des possibilités d’appuyer des programmes de gouvernements solides qui contribuent à l’amélioration de la vie en société.
| Le VIH-SIDA en chiffre |
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| Nombre de personnes infectées en Haïti |
350 mille |
| Position d’Haïti dans la Caraïbe |
le premier pays le plus touché |
| Nombre de décès dus au sida |
300 mille |
| Nouveaux cas d’infections par an |
30 mille |
| Nombre d’orphelins |
63 mille |
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| Nombre de personnes infectées par département |
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| Nord Ouest |
13,09% |
| Nord Est |
6,25% |
| Grand Anse |
5% |
| Centre |
3,75% |
| Sud |
2,65% |
| Ouest |
2,5 à 3,75% |
| L’Artibonite |
4,58% |
| Sud Est |
2,92% |
| Nippes |
2,11% (Source UCC / MSPP) |
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