Changements climatiques, connais pas ::

-

Quand des villes haïtiennes ne sont pas dévastées, des bananeraies sont quasiment balayées en Guadeloupe par des tempêtes et des ouragans. Alertés par les pires catastrophes à venir, les vingt-cinq ministres des Affaires étrangères de la Caraïbe se sont donné rendez-vous à Port-au-Prince.

«Dialogue politique et changements climatiques», prône l’Association des Etats de la Caraïbe (AEC) qui convoque, à Port-au-Prince, les vingt-cinq ministres des Affaires étrangères de la région. Les treize Etats de la Caraïbe ainsi que d’autres pays de l'Amérique centrale s’attablent – du 27 au 29 janvier 2009 – pour approfondir des réflexions sur le plan d'action régional sur les changements climatiques visant à atténuer les risques de catastrophes naturelles dans la Grande Caraïbe. Un thème évocateur, mais méconnu en Haïti, le plus vénérable des pays de la région en matière de catastrophes naturelles.

« De par la vulnérabilité de notre pays face aux désastres naturels, nous devons entamer des démarches relatives aux mesures à prendre dans le cadre de la problématique du changement climatique, avec les conséquences dont les pays de la Caraïbe insulaire commencent à en subir», a concédé Jean-Marie Claude Germain. Les Etats, a alerté le ministre haïtien de l’Environnement, doivent agir vite, car « les changements climatiques, dit-il, représentent de nos jours un facteur aggravant des catastrophes naturelles.»

La méconnaissance des Haïtiens des risques liés aux changements climatiques complique davantage la tâche des autorités obligés annuellement de dégager des fonds d’urgences pour réparer les dégâts causés par les catastrophes naturelles. « Quelque 90% des participants à un débat aux Gonaïves ont soutenu avoir pour la première fois entendu parler de changements climatiques », a révélé un dossier de presse de Panos Caraïbes. Vraisemblablement, souligne l’organisation, les efforts déployés par les dirigeants n’atteignent pas la majeure partie de la population. Cette dernière demeure sous informée de la problématique du changement climatique et de ses effets. Si pour Gonaïves, la ville deux fois ravagée en quatre ans par des tempêtes tropicales, le pourcentage des personnes informées ne dépassent pas les 10%, pour Marigot – une autre ville côtière –, seule une femme explique avoir entendu une émission spéciale sur le changement climatique sur les ondes d’une radio locale qui relayait un média de la capitale.


Quel signe des temps !



Chose certaine, « les prévisions des cultivateurs ne tiennent plus », a estimé Jackson Coicou, vice-président de l'Association des irrigants de la deuxième Plaine (AIDP), une petite organisation de Petit-Goave. « Les saisons sèches deviennent plus longues et plus rudes, et les pluies plus irrégulières et diluviennes », a constaté impuissant Coicou, écœuré par le récent débordement de l’étang de Miragoâne. « De 1980 à aujourd'hui, sur un même lopin de terre, les récoltes diminuent de moitié, alors que nous utilisons la même pratique agricole », a, pour sa part, déploré Wisnick Poussin, un peu affolé comme les paysans qui fuient le débordement de l'étang alors que des centaines d’hectares de terre arable sont envahis par les eaux.

Il n’y a pas que les agriculteurs et les pêcheurs qui subissent les conséquences des irrégularités provoquées dans les saisons par le phénomène de changements climatiques. « Pendant longtemps, quelque soit la saison de l’année à laquelle je me rendais à Seguin, je n’avais jamais chaud, souligne un parmi une trentaine de participants à un focus groupe de Panos Caraïbe sur les changements climatiques. C’est une zone où l’été n’existait pas, mais maintenant, il fait très chaud, alors qu’aux mois de janvier/février, les paysans connaissent un froid insupportable d’autant plus que les constructions ne sont pas adéquates. »

Le même constat est fait dans d’autres régions du pays. En attendant de trouver des explications au phénomène de l’augmentation de l’intensité du soleil, certains entendent prendre les mesures qu’ils peuvent pour se protéger contre les rayons nocifs du soleil. « Je ne peux plus continuer à aller vendre au marché sans me protéger contre ce soleil qui atteint mon cerveau », a déclaré une marchande s’interrogeant sur les causes de cet étrange phénomène.

Même si la réunion internationale qui regroupera les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l'Association des Etats de la Caraïbe (AEC) ne va pas apporter des réponses aux interrogations des Haïtiens, elle pourra au moins constituer un leitmotiv pour les porter à s’informer sur le phénomène de changement climatique. Ce n’est pas le ministre de l’Environnement qui dira le contraire. « Les pays de la Caraïbe, devant les menaces du phénomène des changements climatiques doivent constituer un bloc pour réfléchir sur cette question. A l’instar de certains pays, ils doivent travailler pour voir comment s'adapter au phénomène, puisque celui-ci n'a pas de solution », croit Jean-Marie Claude Germain à la veille des trois jours de débats entre les experts caribéens.

Cette rencontre internationale fera suite aux précédentes réunions de haut niveau sur les désastres naturels organisées par l'AEC. A la tête du ministère du ministère de l’Environnement depuis la réélection de René Préval, le ministre s’est montré préoccupé par les dégâts irréversibles causés par la production de gaz à effets de serre sur la planète: « le réchauffement de la mer des Caraïbes a augmenté de 1,5°C en un siècle et, d'autre part, l'augmentation en nombre et fréquences de certains cyclones violents, passés d'un rythme décennal à une fréquence annuelle ».

En attendant la prochaine saison cyclonique, le ministère de l’Environnement peine à tenir le navire à flot. Et comment ? « Près de 200 millions de gourdes de dépenses de fonctionnement et 500 millions d'investissement sont prévus dans le projet de loi de finances (exercice 2008 – 2009) pour le du ministère de l'Environnement, alors qu'il faudrait investir 10 millions de dollars américains chaque année pour la gestion environnementale », a laissé entendre Vernet Joseph, directeur des sols et écosystèmes au ministère de l'Environnement. Avec ce maigre budget, le dit ministère s'efforce à faire porter au cours des cinq prochaines années, la couverture forestière du pays de 1,5 à 10%.

Comments
No comments have been made yet.
<<< Prev 1 Next >>>

Add Comment
Name
Email (optional)
:: Comment ::
BoldItalicUnderlineStrike OutSubscriptSuperscriptShadow TextGlow TextFont colorFont FamilyFont SizeFont AlignmentTeletypeHorizontal LineMarqueeQuoteFlash ImageImageE-mail linkhyperlinkList
Characters Left
CAPTCHA
Security Code (copy the security code from the image above)
Password (admins only)
Powered by EasyCom