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30% des femmes en Haïti ont subi des violences physiques, émotionnelles ou sexuelles de la part de leur conjoint, indique l’étude une « réponse á la violence faite aux femmes » produite par l’État haïtien. Ces violences rendent les femmes vulnérables aux infections sexuellement transmissibles, notamment le VIH/Sida.
Tania, 26 ans, est aujourd’hui en réhabilitation dans un centre d’hébergement de l’État haïtien. Sur ses bras, ses seins, son dos et son œil droit, elle porte les traces des coups. Ceux-ci ne sont que la face visible de l’iceberg. Mais le ravage, il est surtout moral : repli sur soi, manque de confiance en soi, effarement sont les termes utilisés par le psychologue pour traduire l’état psychologique de Tania. « Les violences que j’ai subies – pendant ces six ans de vie commune avec lui – sont multiples et multiformes. Elles ont commencé par les humiliations et la dévalorisation de tout ce qui fait ma singularité. Quand, par exemple dans une discussion, je faisais valoir mes arguments, il les rejetait d’emblée et me traitait d’idiote. Mais au travail, tout le monde me trouvait intelligente et créative. Entre les deux opinions, je balançais », explique Tania, d’une voix posée.
« Le plus dur, c’était ces relations sexuelles forcées. Des fois, j’étais fatiguée ou en colère contre lui, il les imposait. J’ai beau lui tourner le dos, il me secouait l’épaule. Il me reprochait mon manque d’affectivité et s’imaginait même que j’avais des relations extraconjugales. Finalement, je me laissais faire. En fait, j’ai tout accepté de lui pendant ces six ans. Ses humiliations, les insultes. Jusqu’au jour où j’ai voulu foutre le camp pour me retrouver et retrouver ma dignité. Il s’en est rendu compte et m’a rouée de coup », explique t-elle, un sanglot dans la voix.
Magalie, 24 ans, est elle aussi placée dans ce centre d’hébergement depuis tantôt quatre mois. Violée par des inconnus alors qu’elle revenait de l’église, rejetée par sa communauté religieuse et sa famille, déconnectée de ses amitiés, elle a perdu ses repères essentiels.
« Il était six jeunes hommes. Ils m’ont violée tour à tour. Ils m’ont séquestrée pendant plusieurs jours. Ils m’ont battue avec des câbles électriques. Chaque fois qu’ils me battaient, ils m’injuriaient. Je ne comprenais pas pourquoi ils me faisaient autant de mal, je ne les connaissais pas. Quelles raisons ont –ils de me détester à ce point ? Qu’est ce que je leur ai fait. Au début dans mon sommeil, je les voyais qui s’avançaient vers moi et qui me déchiraient mes vêtements. Maintenant grâce á mes séances avec les psychologues du centre, ces cauchemars se sont espacés Mais, je ne comprends toujours pas pourquoi ils m’ont fait ça », confie t-elle.
Les rapports des organisations de femmes montrent que les violences sexuelles, et notamment les violences á l’égard des femmes, sont très répandues. Pour le mois de janvier 2009 seulement, Kay Fanm a recensé 79 cas de viol.
« Un cas très courant, ce sont des femmes battues pour avoir exigé de leur conjoint l’utilisation de préservatifs. Que leur partenaire régulier exige l’utilisation de préservatifs est considérée comme un affront pour beaucoup hommes. Ils estiment qu’il s’agit d’un affront, voire la preuve que la femme entretient des relations extra conjugales. C’est un des facteurs à la base de la séroprévalence chez les femmes en Haïti », explique Yolette André Jeanty, Coordonatrice du programme d’assistance aux femmes et filles violentées.
« Cependant, nous autres dans nos séances de sensibilisation nous mettons l’accent sur la nécessité pour les femmes de se protéger. C’est la raison pour laquelle nous faisons la promotion du préservatif féminin. Bien qu’il soit incommode par sa taille et son mode d’utilisation, jusqu'à présent c’est l’outil qui garantit leur santé sexuelle. Et nous encourageons les femmes à se faire dépister. Car nous savons tous et toutes que la violence faite aux femmes est un des facteurs á la base de propagation du VIH/Sida. Comme je l’ai dit, le principal problème vient des relations conjugales où les hommes refusent catégoriquement l’utilisation de préservatif » poursuit la responsable de Kay Fanm. Le taux de séroprévalence est très élevé chez les femmes. Pour 110 hommes infectés on retrouve 115 femmes, selon la dernière enquête de l’Institut Haïtien de Statistique (IHSI) (Emmus VI) alors qu’au début de la manifestation de la pandémie, la tendance était différente.
« Les facteurs à la base de l’augmentation de la séroprévalence chez les femmes sont multiples et multiformes : on retrouve la pauvreté et/ou le manque d’information. Cependant les violences sexuelles, les violences psychologiques et notamment les violences économiques sont déterminantes dans l’augmentation des cas de contamination chez les femmes. Beaucoup de femmes que j’accompagne ont été infectées dans le cadre d’une relation régulière. Car dans ce genre de situation, l’utilisation du préservatif n’est pas toujours de mise. Elle n’est pas exigée par les femmes parce qu’elles sont en confiance ou encore parce qu’elles ont peur.
« Beaucoup de femmes n’exigent pas l’utilisation du préservatif pour ne pas être accusées d’infidélité. Elles ont peur de la réaction du conjoint. Elles ont peur aussi de bousculer une relation qu’elles ont pris des années à construire, une relation où elles ont investi du temps, leur énergie et bien entendu beaucoup d’émotion. Il suffit de créer les conditions objectives pour casser les réticences des femmes. Certaines conventions internationales comme la Convention Belém do Para, la déclaration d’engagement sur le VIH/sida adoptée en 2001, et depuis 1977, par les états membres de l’Organisation Mondiale de la Santé se sont engagés à garantir la santé sexuelle et reproductive des populations et des femmes en particulier. Ces conventions peuvent servir de boussole à l’État haïtien pour donner une réponse effective á des questions qui touchent les femmes haïtiennes », explique Millord Dexaï, Coordonatrice du Collectif des Féministes Universitaires (CFU).
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