Haïti, le défi de stopper la tuberculose ::

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Les campagnes agressives de prévention organisées par les ONG locales et étrangères se révèlent un « success story » à Haïti. Si la formule a fait chuter la prévalence du sida de 6,2 à 2,2%, en une décennie, elle a du mal à avoir autant de succès dans la lutte contre la tuberculose dans cet Etat de la Caraïbe ayant le plus fort taux de tuberculeux dans les Amériques.


« Sur chaque 10 000 Haïtiens, 133 sont atteints d'une tuberculose pulmonaire», selon le rapport 2006 de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Des chiffres alarmants prouvant qu'Haïti a le taux de prévalence le plus élevé dans les recensements des pays du continent américain. Un sombre constat qui n'annonce pas, pour autant, un lendemain meilleur chez les tuberculeux haïtiens. La vie de plus de 14 000 patients haïtiens inventoriés dans le registre national est accrochée, annuellement, à l'aide internationale qui arrive à terme. La TB en Haïti est rapportée à partir des cas de patients dont les crachats sont positifs pour AFB à partir d'un simple examen direct. Plus de 70% des patients VIH+ avec une TB active ont des crachats négatifs pour AFB et de ce fait ne sont pas inventoriés dans le registre national. Durant les cinq dernières années, le Fonds mondial, principal bailleur, a injecté près de 14 millions de dollars dans la lutte contre la tuberculose en Haïti.

La précieuse aide du Fonds mondial, gérée par la Fondation Sogebank, arrivera à terme en juillet prochain. « La proposition du Ministère de la Santé publique et de la population (MSPP) pour renouveler le contrat n'a pas été acceptée telle qu'elle a été élaborée », a affirmé le Dr Richard D'Méza, directeur du Plan national de lutte contre la tuberculose (PNLT). En attendant les modifications suggérées par le bailleur, l'Etat haïtien a sollicité une « continuité de service ». Durant cette période de transition, « les interventions sont strictement limitées au traitement des patients », a expliqué le principal responsable du PNLT. Pendant un an, l'Etat haïtien ne pourra ni faire acquisition de matériel, ni exécuter son plan de mise en place de laboratoires modernes à une période où la « tuberculose multirésistante » a tendance à augmenter dans le pays. Des 14 094 tuberculeux recensés l'année dernière, 1 436 développent une tuberculose extrapulmonaire. « La mortalité des patients VIH+ avec l'une de ces deux formes de TB est de 80 à 90% même quand les patients sont placés sous ARV », selon un expert médical.

Chose certaine, le Global Drug Facility maintient son aide en médicaments évaluée à 610 000 dollars américains. « Ces médicaments sont distribués gratuitement aux tuberculeux », a indiqué le Dr D'Méza. L'institution qu'il dirige pourra aussi compter sur le Centre de gestion de fonds canadiens pour la santé qui finance le programme binational à hauteur de 80 000 dollars pour une durée de deux ans. L'OPS/OMS aide aussi à implanter des structures de dépistage du virus du Sida dans environ 14 centres dans des zones éloignées des grandes villes. Le Fonds mondial aide aussi dans la prise en charge des tuberculeux et des personnes vivant avec le VIH (PVVIH). L'Etat haïtien a, pour sa part, tiré de son maigre budget quelque 600 000 dollars américains pour l'exécution du Plan national de lutte contre la tuberculose. Une aide à peine suffisante pour payer le personnel soignant et entretenir les 294 centres de traitement de tuberculose éparpillés dans les différentes régions du pays, tandis que le programme de prise en charge des détenus tuberculeux dans des prisons surpeuplées est quasi inexistant.

Aussi indispensable qu'elle soit, l'aide internationale paraissait comme une menace pour la lutte contre la tuberculose dans les pays pauvres qui deviennent trop dépendants. « Le jour où l'aide de l'OMS et du Fonds mondial ne serait pas renouvelée, nous ne saurons quoi faire », s'inquiète le Dr Richard D'Méza. L'aide internationale aux pays pauvres, justement, diminue déjà de 27%, selon des chiffres cités par la députée française Henriette Martinez à la récente Conférence mondiale sur la santé respiratoire, tenue à Paris. Ce qui est certain, a-t-elle rassuré, l'aide de la France au Fonds Mondial, à l'OMS et aux ONG sera maintenue, en dépit de la crise économique et alimentaire mondiale.

« Des 14 millions de dollars injectés au cours des cinq dernières années par le Fonds mondial pour lutter contre la tuberculose en Haïti, pas même un sou n'est destiné aux accompagnateurs, cheville ouvrière dans la lutte contre cette maladie contagieuse », fulmine un jeune diplômé en Service social. Certains experts, qui gagnent jusqu'à 4 000 dollars américains mensuellement grâce à ce programme, prêchent pourtant l'évangile du bénévolat, inscrit dans les documents stratégiques des bailleurs de fonds. Alerté, l'Etat haïtien, qui ne gère pas l'importante aide du Fonds Mondial et celle des principaux bailleurs du système sanitaire, aurait besoin de 60 000 dollars américains par année pour imiter les gestes des responsables de Zanmi Lasante (Les amis de la santé) de Cange, le seul centre de traitement qui a pu sortir du cercle vicieux du découragement engendré par le recours systématique au bénévolat. « Nous devrions offrir mensuellement au moins 200 dollars à chacun des accompagnateurs, calcule le coordonnateur national. Celui qui s'engage devrait alors accompagner au moins cinq patients... »

Co-infection TB/Sida : un casse-tête

Au moins 30% des cas de TB sont associés au VIH. Le traitement des deux pathologies chez un patient VIH+ est complexe. « La seule façon effective de lutter contre ces deux pathologies associées est de développer un programme d'intégration complète à tous les niveaux, à commencer par le niveau central du MSPP », estime un responsable d'ONG. « Ce plan national d'intégration, dit-il, n'existe pas encore, mis à part les unités des centres Gheskio à Port-au-Prince et de Zanmi Lasante dans le Plateau central où le patient est pris en charge intégralement ». Dans la majorité des autres centres de santé du pays, les patients de ces deux pathologies doivent se rendre dans deux endroits différents pour ces soins. Ils doivent marcher souvent des dizaines de kilomètres pour atteindre un centre de santé.

Derrière la propagation de la bactérie qui est à l'origine de la maladie (mycobacterium tuberculosis), plusieurs facteurs agissent et interagissent. Faute d'une ration alimentaire régulière, dans un pays récemment secoué par des émeutes de la faim, des patients se retrouvent dans l'antichambre de la mort à l'Hôpital de l'Université d'Etat d'Haïti. C'est le cas d'un jeune tuberculeux - réparateur de pneus - qui a rechuté après avoir abandonné le traitement. « Avant, j'étais suivi au centre de santé de Delmas, j'ai abandonné. Les médicaments sont plus amers quand on sait qu'il n'y a aucun repas qui vous attend après », se lamente-t-il.

A l'étroit dans son cabinet de consultation, constamment exposée depuis cinq mois aux bacilles de Koch, un pincement de coeur aiguillonne Mulhouse Charles, la seule infirmière de ligne attachée au service de la clinique tuberculose TB de l'Hôpital de l'Université d'Etat d'Haïti. « Dans le programme du VIH/SIDA, les gens sont bien gâtés, tandis que mes patients tuberculeux sont très jaloux. Souvent, ils me disent, miss, après avoir pris nos médicaments, nous ne trouvons rien à manger », signale Mme Charles. Ce n'est pas le Dr Nika-Nola Raymond Lamothe, responsable de programme au plus important centre hospitalier de l'Etat haïtien, qui la contredira. « L'HUEH devrait s'inspirer du programme du VIH/SIDA qui est un succès dans cette structure de santé publique », a-t-elle estimé. « C'est un système de santé à double vitesse », a fait remarquer le patron du PNLT.

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