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A l’occasion du 24 mars, Jour Mondial de la Tuberculose, Le Nouvelliste et Panos Caraïbes s’associent pour informer le grand public sur l’état de la lutte contre cette maladie en Haïti. La présente série d’articles couvre autant les principales institutions que les acteurs en charge de cette lutte. Nous examinons aujourd’hui l’état de la tuberculose au Sanatorium.
Le 24 Mars, jour mondial de la Tuberculose, est un jour qui devrait être consacré à la réflexion plutôt qu’à la célébration. La situation de cette maladie au niveau national ne donne en effet aucun motif de célébration. Selon les informations recueillies au niveau national, 132 nouveaux cas de tuberculose baciliifère pour 100.000 habitants sont attendus chaque année. Un effort considérable doit être consenti pour identifier et dépister ces cas qui, avec les anciens tuberculeux non traités ou mal traités, constituent la source de propagation de la maladie à travers le pays.
Le thème de la campagne initiée l’année dernière, toujours en utilisation cette année, est encore d’actualité « Fini ak tubekiloz se zafe pam, e ou ». Il invite chacun dans sa sphère d’action à fournir sa participation, à contribuer à la réduction des souffrances et des décès générées par la Tuberculose. Cette participation peut se situer à différents niveaux : institutionnel, communautaire, médiatique, etc. Dans cet ordre d’idées, nous avons choisi aujourd’hui de jeter un peu de lumière sur une institution dédiée dès sa création à la lutte contre la Tuberculose, mais que la négligence et le laxisme des autorités sanitaires avaient relégué au rang de parent pauvre. Il témoigne, si besoin est, de l’existence à cette époque d’un secteur privé assez fort et engagé dans des actions citoyennes concrètes et durables.
En effet, les activités de lutte contre la Tuberculose démarrèrent en Haïti à l’initiative du secteur privé à travers la ligue antituberculeuse qui fonda en 1942 le Sanatorium de Port-au-Prince. Cette institution joua un rôle capital dans la prise en charge des patients atteints de tuberculose avant l’ère des médicaments antituberculeux, puisqu’elle était l’unique hôpital ou se pratiquaient les interventions chirurgicales tenant alors lieu de traitement. Mais au fur et à mesure de l’avancement des recherches, des drogues furent disponibles. La durée du traitement fut d’abord ramenée de 24 à 12 mois, puis de 12 à 8, enfin à 6 mois. Il faut aussi souligner que cette prise en charge est supportée par la stratégie du traitement directement supervisée (DOT) par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et adoptée par le Program Sme National d’Haïti depuis Juillet 1997. Cette stratégie est mieux connue sous l’appellation anglaise(Directly Observed Therapy Short Course)
Le Sanatorium de Port-au-Prince reçoit des patients en provenance de tout le pays. Il dispose des services suivants : Médecine, chirurgie, pédiatrie. Ces services se retrouvent dans des pavillons séparés offrant des services aux hommes et aux femmes. Il dispose en moyenne de 150 lits. C’est aussi une institution à vocation universitaire ayant à son actif la formation de plusieurs générations d’éminents spécialistes en la matière dont certains se retrouvent dans des postes décisionnels dans le Programme National de Lutte contre la Tuberculose (PNLT).
Comme évoqué précédemment, le Sanatorium existe depuis l’année 1942, il devait selon toute logique de bonne gouvernance, être restauré, réhabilité et s’adapter aux nouvelles exigences de la prise en charge de la Tuberculose, de la co-infection au VIH (VIH-TB) et de la Tuberculose Multi résistante (les médicaments usuels n’agissent plus sur le bacille , agent qui cause la Tuberculose ). Malheureusement, en dépit de sa vocation, il a été laissé dans un état de complet abandon par les autorités sanitaires du pays, constituant même une menace tant pour les patients que pour leurs parents et le personnel médical. En effet les malades et le personnel cohabitaient avec toutes sortes de rongeurs et d’insectes nuisibles, mettant grandement en danger la vie de ceux venus chercher un soulagement à leurs maux. Il a fallu attendre l’année 2008 où, à travers un financement du Fond Mondial, La Fondation Sogebank, récipiendaire principal, mit à la disposition du Sanatorium des Fonds du Global Fund et des Fonds Propres de la Fondation en vue de la réhabilitation de cette institution. Cependant, en plus de cette réhabilitation, l’hôpital doit nécessairement disposer d’équipements afin de continuer à offrir des services de qualité aux populations desservies.
Dans l’historique du Sanatorium, nous avons évoqué le fait que pays utilise la stratégie DOT depuis l’année 1997. Néanmoins, il reste clair que dans une institution dont la clientèle provient en fait du territoire national, il devient difficile de répondre aux normes de la stratégie de supervision directe du traitement ambulatoire (DOT). Alors, partenaire de longue durée dans la lutte contre la Tuberculose, l’International Child Care entama les processus de mettre à disposition du sanatorium des auxiliaires (4) et une auxiliaire visiteuse afin de fournir un encadrement psychologique et social aux patients et à leurs parents. Cette activité a été rendue possible grâce au projet d’intervention en milieu urbain défavorisé, (PIMUD) projet qui consiste à relayer au niveau communautaire une prise en charge le plus près possible du domicile du patient et en adaptation à son milieu social et économique. Evidemment, ce personnel est encore insuffisant pour répondre aux besoins de supervision directe de la clientèle de l’institution comme préconisé par la stratégie DOT.
Il faut ajouter que compte-tenu de la nécessité de prendre en charge les patients co-infectés (VIH/TB), le Sanatorium de Port-au-Prince sera bientôt en mesure d’offrir cette gamme complète de services tant au niveau communautaire qu’institutionnel grâce aux partenariats que le dynamisme avisé de la Directrice a su mettre en place pour s’assurer que chaque patient bénéficie du support auquel il à droit. Mais un point d’ombre s’inscrit au tableau car la majorité des fonds actuellement disponible au pays pour les maladies infectieuses et transmissibles y compris la Tuberculose proviennent de l’extérieur. Il n’y à date que de très faibles tentatives de l’Etat Haïtien d’inclure une ligne budgétaire pour une prise en charge des grandes priorités de santé. A part les salaires qui est pr du personnel, on peut facilement affirmer que tout dépend de l’aide externe : médicaments, réactifs de laboratoire, formulaire, registres, moyens logistiques pour effecteur la supervision, autres matériels et équipements.
D’autre part, l’Etat doit se doter des moyens pour renforcer sa gouvernance, car à l’instar de nombreux pays bénéficiaires du financement du Fond Mondial, il pourrait devenir Récipiendaire Principal. Mais on constate simplement que même un plan de renforcement avec un échéancier clair et des objectifs précis n’a jamais été conçu, ce qui vaut à l’Etat, en l’occurrence le Ministère de la Santé Publique et de la Population, d’être encore aujourd’hui à la traine et ses capacités de gestion sont sans cesse questionnées. Il revient donc à ces dirigeants d’être plus consistant dans leurs démarches d’amélioration de la qualité de vie de la population. Il leur faut respecter les droits de la population à la santé et suivre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) auxquels Haïti a souscrit.
Pour revenir au Sanatorium de Port-au-Prince, en plus d’une réhabilitation physique, il doit faire l’objet d’une redéfinition de sa mission avec les principaux concernés. La lutte contre la Tuberculose en 2009 va au-delà de l’application de la stratégie DOT. Elle doit tenir compte de la prise en charge de la co-infection (VIH-TB) et s’assurer du support psycho-social des patients. En un mot cette prise en charge doit se faire de manière holistique.
Il faudrait insister enfin sur le rôle que cette institution doit continuer à jouer dans la formation des jeunes professionnels de la santé, médecins, infirmières et technologistes médicaux, etc., puisque c’est une institution à aussi une vocation universitaire. Ce qui sous entend la disponibilité de bibliothèque, l’accès aux nouvelles technologies de l’information et pardessus tout une équipe multi-disciplinaire capable d’élaborer des plans de formation, tant du point de vue théorique que pratique, et échelonnés sur les années requises pour cette formation.
Encore du pain sur la planche pour nos décideurs qui font semblant d’oublier qu’ils ont un devoir de résultats. Saisissons donc l’opportunité offerte par ce 24 mars pour réfléchir, nous donner de nouveaux repères et faire vraiment avancer la lutte contre la Tuberculose en Haïti.
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