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A l’occasion du 24 mars, Jour Mondial de la Tuberculose, Le Nouvelliste et Panos Caraïbes s’associent pour informer le grand public sur l’état de la lutte contre cette maladie en Haïti. La présente série d’articles couvre autant les principales institutions que les acteurs en charge de cette lutte. Nous examinons aujourd’hui l’état de la tuberculose au Centre de Sigueneau où est prise en charge la tuberculose multi-résistante.
La pharmaco-résistance a vu le jour depuis l’introduction du premier traitement médicamenteux en 1943. Des cas de Tuberculose multi-résistante sont apparus à partir des années 70 après la généralisation de l’utilisation du médicament antituberculeux le plus choyé pour sa puissance, la rifampicine.
Depuis les années 90, le DOTS, Traitement Directement Observé et de courte durée, était retenu comme une stratégie offrant le meilleur rapport cout/efficacité pour prévenir l’apparition et la propagation de la pharmaco-résistance. La prise en charge des cas identifiés restait à la discrétion des programmes nationaux dont la majorité, surtout ceux des pays en développement, ne disposait pas de moyens économiques pour effectuer le diagnostic et fournir le traitement à ces cas.
Mais les données recueillies au moyen d’enquêtes par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l’Union Internationale Contre la Tuberculose et les Maladies Respiratoires ont permis de constater que la Tuberculose Multi Résistante devenait un problème de Santé Publique. Ainsi des projets DOTS Plus ont vu le jour considérés alors comme des projets pilotes. La mise en œuvre de ces projets se heurtait cependant à un problème de financement pour l’acquisition des médicaments de seconde ligne utilisés lorsque les premiers médicaments échouent. La nécessité de fournir une réponse appropriée à cette situation a fait jaillir le Comité Lumière Verte. Le mandat de ce comité fut de rendre disponible les médicaments de seconde ligne et de s’assurer de leur utilisation correcte. En Haïti depuis les années 99-2000, des cas identifiés alors comme des cas chroniques ont fait leur apparition. Un partenariat formel entre l’équipe de Zanmi la Santé basée à Cange dans le plateau central et le Ministère de la Santé avait permis leur prise en charge, mais ces patients étaient obligés de se rendre à Cange pour bénéficier d’un tel traitement qui durait parfois jusqu’à 24 mois.
La multi résistance constituait une préoccupation pour les autorités sanitaires qui l’ont inscrite dans les projets soumis aux bailleurs de fonds qui supportent la Tuberculose, et la co-infection (TB/VIH). Il a fallu attendre le mois de décembre 2009 pour qu’au niveau du Sanatorium de Sigueneau, un centre de prise en charge de la Tuberculose multi résistante soit mis en place et rendu fonctionnel. Il n’est pas superflu de rappeler que ce Sanatorium, géré par les Petites Sœurs de Sainte Thérèse de l’Enfant –Jésus a été construit sous la Présidence de Sténio Vincent à l’heure ou la stigmatisation contre la tuberculose était telle que dans bien des familles, les gens atteints de tuberculose se cachaient. Revenons au centre de prise en charge de la Tuberculose multi résistante, reconstruite avec les fonds rendus disponibles par les bailleurs et qui répond aux normes internationalement admises pour fournir une prise en charge adéquate aux patients atteints de forme multi résistante. Ce bâtiment dispose de quatre (4) unités : un pour la prise en charge de la Tuberculose multi résistante, un pour les patients co-infectés (TB-VIH), Un pour les patients sous traitement antirétroviral, un pour la formation continue du personnel. Ce centre dispose de grandes ouvertures permettant une bonne ventilation et il est également pourvu de rayons ultra-violets pour la neutralisation des bacilles de Koch. A la salle d’attente, les patients ont la possibilité de recevoir des messages éducatifs à partir de téléviseurs. Ce volet aménagé spécialement pour la prise en charge de la Tuberculose multi résistante offre la possibilité aux patients surtout ceux en provenance du Grand Sud de bénéficier du traitment sans avoir à parcourir ce long voyage jusqu’à Cange dans le Plateau Central. Le traitement de la Tuberculose Multi-résistante étant particulièrement long (jusqu'à 24 mois), la construction est faite de façon à aider le patient à supporter la durée de ce séjour. Mais le problème reste celui de l’entretien et du suivi de cette entreprise. Il a été souligné que la construction du centre, les équipements ont été financés par des bailleurs de Fonds Internationaux. A quand donc l’implication économique effective de l’Etat dans des domaines aussi sensibles ? L’Etat haïtien dispose-t-il vraiment d’un calendrier relatif aux actions à mettre en œuvre face aux objectifs de développement du millénaire (OMD)? Les ingénieurs biomédicaux formés sont-utilisés pour assurer le maintien du matériel d’un centre aussi spécialisé ? Y a-t-il un dossier pour chaque appareil mentionnant les dates d’entretien, la durée de vie des pièces à changer ? Le lieu d’approvisionnement de ces pièces est il identifié ? Existe-t-il un atelier pour effectuer les réparations en temps opportun ? Cette vision sur le long terme pour un pareil investissement est elle un souci pour le Ministère de la Santé Publique et de la Population ?
Si l’on se base sur le fait que la Tuberculose est une maladie à transmission aérienne, la tuberculose multirésistante est encore plus dangereuse du fait que la plupart des médicaments antituberculeux n’ont plus d’action sur le microbe responsable, le Mycobacterium tuberculosis, d’où l’appellation de résistance conférée à ce type de Tuberculose. La prise en charge devient totalement différente et le support à fournir au malade et son entourage devient plus complexe puisque une personne infectée à partir d’une souche multi-résistante de microbe développe une tuberculose multirésistante.
Le défi est énorme pour le Programme National de Lutte contre la Tuberculose. Il lui faut assurer la prise en charge de ces cas multi-résistants et poursuivre sans relâche l’application de la stratégie DOTS. Les éléments de cette stratégie demeurent les bases de la lutte antituberculeuse et l’outil le plus efficace pour prévenir l’apparition ou la propagation de la pharmaco-résistance. Au nombre de cinq, ce sont : l’engagement politique des dirigeants, la détection des cas par des examens bactériologiques (examen des crachats) de qualité garantie, le traitement standardisé sous surveillance, le système d’approvisionnement régulier et ininterrompu en médicaments et en réactifs de laboratoire, et enfin le système de surveillance et d’évaluation.
Des activités de sensibilisation, d’information, de communication doivent être intensifiées au profit de la population générale, des patients atteints de Tuberculose et de leur entourage immédiat pour augmenter les connaissances sur la maladie, impliquer davantage les bénéficiaires dans sa prise en charge, assurer une meilleure adhérence et une participation consciente de son entourage.
Un plaidoyer structuré doit faire partie du plan de lutte contre la Tuberculose. L’Etat doit investir effectivement dans les grandes priorités de santé et ne pas les laisser dépendre, comme c’est malheureusement le cas maintenant, des variations de la générosité des bailleurs.
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