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Femmes battues : crainte et silence. Une petite baffe pour un mot jugé de trop, coups de poings, coups de pieds, menaces de mort, figurent au catalogue de la violence faite aux femmes en Haïti. [ April 17th, 2006] Filles d’aujourd’hui, femmes de demain.La majorité des jeunes filles haïtiennes entretiennent tôt des relations sexuelles. Elles courent le risque d’attrapper des maladies sexuellement transmissibles, [ April 17th, 2006]

The Panos Institute Caribbean supports journalists from all around the region, to jointly produce and disseminate information. Currently, Panos brings out the following series of media products in English, French, Kreyol and Spanish:

Filles d’aujourd’hui, femmes de demain

La majorité des jeunes filles haïtiennes entretiennent tôt des relations sexuelles. Elles courent le risque d’attrapper des maladies sexuellement transmissibles, d’avoir une grossesse précoce ou perdre leur vie.

En juillet 2005, une émission spéciale « Parlons pour comprendre », diffusée sur les ondes de la radio Solidarité, a été mise sur pied par Grasadis et l’Institut Panos pour envisager des perspectives sur les méfaits de la grossesse précoce liée à la mortalité maternelle. A cette émission, ont pris part le représentant du Fonds des Nations Unies pour la population en Haïti (FNUAP), Hernando Clavijo, Dr Georges Dubuche, la psychologue Dr Linda Métayer, la ministre à la Condition féminine et aux droits de la femme, Mme Adeline chancy, Roosevelt Jean-François du CECOSIDA, la ministre de la Santé publique, Dr Josette Bijou et Jean-Ronel Joseph pour débattre le thème : « Filles d’aujourd’hui, femmes de demain ».

Le présent article pose le problème de la grossesse précoce du point de vue social, psychologique, politique ou économique. Il montrera que l’intensification d’une campagne d’éducation et d’information est l’unique moyen pour permettre aux jeunes filles haïtiennes d’être plus vigilantes et de retarder leurs relations sexuelles.

« La raison pour laquelle ce thème a été choisi, c’est pour attirer l’attention de tous les Haïtiens et Haïtiennes sur la responsabilité que nous avons envers les filles. Nous avons tous l’opportunité d’avoir un avenir meilleur. Si, par contre, nous ne faisons rien, nous laissons le pays tel qu’il est aujourd’hui, avec des filles sans éducation, sans soins sanitaires, sans emplois, nous n’aurons pas un bon pays, déclare en substance le représentant du Fonds des Nations Unies pour la population en Haïti (FNUAP), Hernando Clavijo.

La grossesse n’est pas une maladie

« La grossesse n’est pas une maladie, c’est un moment assez spécial pour une femme. En revanche, des mesures drastiques et spéciales doivent être prises pour éviter le pire dans le cas des grossesses précoces. Je rappelle que je viens d’un pays pauvre comme le vôtre, c’est le Nicaragua. Beaucoup de femmes tombent enceintes dans ce pays et ne reçoivent pas les soins appropriés pour mener à bien leur accouchement. C’est là que se trouve le danger, n’importe quelle femme enceinte peut avoir un bon accouchement sans risque, mais des mesures doivent être prises pour diminuer le taux de grossesses à risques. En fait, la mortalité maternelle a des répercussions économiques et sociales », signale Hernando Clavijo.

« Les organisations internationales, impliquées dans la maternité sans risques, telles le Family Care international, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Fonds des Nations Unies pour la population, s’accordent leur violon en vue d’un plaidoyer vis-à–vis de la santé des filles. Dans tous les pays du tiers-monde et les pays en voie de développement, la liste est longue, tous les pays de l’Asie, de l’Afrique, de l’Amérique ont un taux très élevé, jusqu’à 1200 à 2000 femmes pour 100.000 sont nés vivants. Quand on parle d’une population assez importante qui meurt par faute de mesures faisables, on parle de la maternité sans risques », poursuit M. Clavijo.

De son côté, Dr Georges Dubuche, spécialiste de la santé reproductive, estime que le taux d’enfants nés vivants est de 45%. Tandis que l’estimation de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) s’élève à 1000 pour 100.000.

En Haïti, le ministère de la Santé publique et de la Population a mis sur place un plan national de réduction de la mortalité maternelle. Ce plan concerne les professionnels dans le domaine de la santé et tous ceux-là de la population en âge de procréer. « Les femmes doivent avoir accès à la planification familiale pour ne pas perdre leur vie. En retardant l’âge de la grossesse chez les jeunes filles, il y a moyen de les épargner au cours de l’accouchement», admet Dr. Dubuche.

La femme enceinte victime faute d’éducation

Là où il n’y a pas d’accès pour subir des opérations, la matrice de la femme se déchire, elle est souvent victime d’hémorragie et la femme n’aura pas le temps de parcourir 5 kilomètres, elle meurt, révèle Dr Georges Dubuche. « Quand l’approche des os arrive, une sage-femme assiste la femme enceinte. Elle peut attraper des infections très graves, son appareil reproductif peut être détruit, elle ne pourra plus enfanter au cas où le col matrice se déchirerait», soutient ce responsable.

Selon M. Dubuche, 50% de femmes haïtiennes souffrent d’anémies en période de gestation. « Quand elle a de l’hémorragie, si elle n’a pas une assistance sérieuse, elle peut mourir. De par l’éducation de la personne, la femme enceinte ne sait pas qu’elle ne doit pas consommer pendant la période de la grossesse, la nourriture ayant trop de sel bien que les scientifiques n’arrivent pas encore à montrer que le sel peut porter la femme à faire de l’éclampsie. Quand il y a l’éclampsie, la femme et le bébé meurent parce que les médicaments sont rares et seulement quelques spécialistes savent les utiliser. En plus les médicaments ne sont pas disponibles. Puisque les femmes meurent, les gens s’amusent à dire que c’est une autre femme qui a jeté un sort magique sur la femme décédée. Ce qui pose un problème d’éducation et d’information », souligne ce médecin.

La grossesse précoce est une épidémie. Beaucoup de jeunes filles ont très tôt des relations sexuelles. Celles qui ne veulent pas que ses parents soient au courant procèdent à un avortement. Comme l’avortement jusqu’à date est illégal en Haïti, elles vont le faire dans un lieu pour que personne ne sache, dans la majorité des cas chez un médecin non qualifié, ce qui engendre des infections graves, on enlève parfois le col matrice, ce qui fait qu’elles n’enfanteront jamais.

En Haïti beaucoup d’Organisations non gouvernementales (ONG) telles FOSREF et VDH oeuvrent à l’éducation des jeunes filles. Elles montrent comment vivre une sexualité raisonnable et éviter les IST-SIDA à partir des méthodes. Par exemple, CECOSIDA travaille avec les journalistes à travers des programmes radiophoniques, télévisuels et journaux pour sensibiliser les jeunes filles sur la manière de jouir ses relations sexuelles.

Etre femme de demain

La femme de demain aura la possibilité de procréer, d’avoir une vie sexuelle et d’aider son pays. « Quand on dit filles d’aujourd’hui, femmes de demain, il ne faut pas voir simplement le corps d’une jeune fille, mais il faut voir la personne. Elle est fille dans sa physionomie et dans sa tête. A l’âge adulte, elle aura ses exigences envers la société, ses besoins corporels l’exigent à travers ses hormones qu’elle devienne une femme. La fille quand elle est enfant ce qui est important, c’est l’aspect psychologique. Cette fille deviendra femme, gèrera son foyer, ses enfants », avance la psychologue Linda Métayer.

La jeunesse d’une femme détermine son lendemain, révèle la ministre à la Condition féminine, Mme Adeline Chancy. « Si elle a l’habitude de recevoir des coups de matraques de son père, ou si elle a grand peur de son père même quand il n’y a pas de matraques, c’est une forme de violence psychologique. Si elle n’a pas le même droit que les gars ou bien il y a des travaux qu’on lui donne à faire à la maison qu’on ne donne pas aux gars, cela crée un mauvais état d’esprit, un comportement qu’elle gardera dans son foyer par rapport à son époux et qu’elle transmettra à ses enfants », commente t-elle.

La femme doit retarder ses relation sexuelle

Selon Roosevelt Jean-François, il y a plus de femmes que d’hommes, soit 52 %. Par conséquent, des initiatives louables doivent être prises pour qu’elles puissent devenir des citoyennes de demain. Non seulement les femmes sont majoritaires, mais elles ont la responsabilité du reste de la population, soit 48%. La tâche de la femme n’est pas toujours facile, elle gère le foyer et s’occupe des enfants.

« Notre responsabilité à CECOSIDA, c’est de faire comprendre aux jeunes filles qu’elles doivent retarder leurs relations sexuelles. Des études ont prouvé que les premières relations sexuelles ont eu lieu sans préservatif, ce qui engendre des grossesses précoces, encore mieux la mortalité maternelle parce que quand une fille a dix ans et qu’elle va enfanter, l’accouchement sera difficile. En passant, je souligne que 76% de femmes enceintes accouchent chez elles dans de mauvaises conditions », ajoute le responsable de CECOSIDA.

Ce n’est pas seulement les ONG qui tentent de mobiliser les jeunes filles en vue de devenir des femmes responsables ; d’autres secteurs ont consenti beaucoup d’efforts dans ce domaine. Selon la ministre de la Santé publique et de la Population, Dr Josette Bijou, certaines jeunes filles n’atteignent pas le Certificat d’études primaires (CEP) et tombent en gestation, parfois elles ont 12 à 13 ans. La raison est simple, c’est parce que les jeunes filles n’ont pas reçu une éducation efficace pour savoir ce qu’elles doivent faire.

Perspectives

Selon Dr Bijou, il sera très difficile de réduire la mortalité maternelle parce qu’elle est liée à des facteurs économiques. « Pour se rendre chez le médecin, la femme doit avoir un peu d’argent. Puis il y a les faiblesses structurelles, une fois arrivées à l’hôpital, il n’y a pas souvent de médecins, ou bien le centre hospitalier coûte trop cher », déplore la ministre de la Santé.

De l’avis du Dr Jean-Ronel Joseph, la faiblesse du pouvoir économique des femmes explique l’augmentation du SIDA chez les femmes en Haïti. « J’ai l’impression que le taux d’infection du SIDA domine chez les femmes, je parlerais de la féminisation de l’épidémie. Il y a plusieurs facteurs qui montrent que les femmes sont fortement touchées par cette maladie, notamment la faiblesse des femmes de négocier leurs relations sexuelles. En plus, elles sont de modestes conditions économiques et ne sont pas en mesure de définir une méthode de prévention avec les hommes », précise-t-il.

Il serait souhaitable que toutes les femmes soient bien informées de leur statut séropositif avant de courir le risque des relations sexuelles. Car, une femme infectée court le risque de transmission du virus à une autre personne. « Pour le présent moment, nous souhaitons que les femmes fassent ce test afin d’identifier leur statut séropositif pour savoir quelles mesures adopter », affirme Dr Joseph.

Par Pierre Jobnel
[Posté le 17 avril, 2006]