Productions: Dossier de presse sur Haïti
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Perspectives sur le SIDA Entre la peur, l'ignorance et l'incrédulité
en Haïti Quelles réponses dans la Caraïbe?
mars 1999
Par: Ronald Colbert, Journaliste Indépendant
La population en Haïti attend de ressentir effectivement
les résultats d'une politique nationale de lutte contre le
Syndrome Immuno-Déficitaire Acquis (SIDA) qui continue à
gagner du terrain en son sein. Aucun mécanisme pluridisciplinaire
ni multisectoriel n'a encore assumé de leadership véritable
sur la problématique du SIDA dans le pays. Les responsabilités
à prendre s'avèrent non seulement techniques, mais
aussi institutionnelles et structurelles au niveau de l'Etat, de
la société, des organismes privés et des agences
de financement.
Mettant à jour en septembre 1998, l'ensemble des projections
épidémiologiques du VIH et du SIDA en Haïti,
un groupe de spécialistes haitiens a fait état d'un
nombre actuel de 335,000 cas d'infections au VIH dans le pays, soit
environ 8.35 % de la population économiquement active (1).
Ce chiffre calculé dans la république haitienne confirme
les observations faites dans la Caraibe par le Centre d'Epidémiologie
Caraibéen (CAREC) basé à Trinidad, selon lesquelles
les personnes se trouvant dans la tranche d'âge 15-45 ans
" qui sont considérées donc comme les plus productives
dans un pays " forment la catégorie de population qui
continue d'attraper le virus. Outre l'érosion des fonds publics,
le prix lourd à payer concernera la force de travail et de
sérieuses implications pour le développement futur
du pays considéré, selon les spécialistes.
Dans ce contexte, une perte annuelle de 1,5 billion de dollars
pourrait être enregistrée dans les pays de la Caraïbe
pour les dix prochaines années " puisque beaucoup plus
de personnes de la tranche d'âge productive (la population
économiquement active) contractent la maladie ", suivant
une projection récente de CAREC réalisée avec
l'Unité Economique de Santé de University of the West
Indies et rapportée par l'agence Inter Press Service le 29
janvier 1999.
L'étude de CAREC signale que 2 % des habitants de la Caraïbe
se trouvant dans la tranche d'age 15-50 ans sont infectés
du virus du SIDA. Aussi, la région caraïbéenne
est-elle la seconde au niveau mondial, après l'Afrique sub-saharienne,
à disposer d'un taux grandissant d'infection au VIH. Parmi
les pays anglophones de la région, les Bahamas ont accusé
en 1996 (2) le taux d'incidence le plus élevé, soit
134.3 pour 100,000 habitants.
Selon un article de Washington Post publié en 1998, les
coûts de traitement du SIDA, estimés à environ
3 billions de dollars annuellement dans la Caraïbe, ont grevé
les ressources déjà limitées de plusieurs pays,
" particulièrement dans le cas de la république
d'Haïti, la plus pauvre nation de l'Hémisphère
Ouest et l'île accusant le plus haut taux de SIDA dans la
région".
C'est seulement vers la mi-décembre 1998 que les décideurs
politiques en Haïti se sont réunis en atelier avec un
front commun, formé par l'Association Médicale Haitienne
et les Centres Gheskio, en vue de définir un plan opérationnel
budgétisé pour les deux prochaines années.
Rien n'a encore filtré sur les décisions d'allocations
de ressources prises au cours de cet atelier.
" L'action contre le SIDA doit être concertée.
Jusqu'à présent, une approche multisectorielle qui
mobilise tous les acteurs de la lutte n'a pas pu être développée.
Outre un problème de ressources, le plan stratégique
national lancé en 1996 fait face à une absence de
suivi et d'encadrement systématique des sessions de formation',
a reconnu Dre. Joelle Deas Van Onacker, cheffe de service des Maladies
Sexuellement Transmissibles (MST-SIDA) au Ministère de la
Santé Publique et de la Population (MSPP).
La responsable au MSPP n'était pas en mesure d'indiquer
le montant consacré par l'Etat afin de combattre le fléau.
Cependant, elle a annoncé la finalisation, en cours avec
des partenaires, d'un guide de prise en charge thérapeutique
et psycho-sociale des malades " qui devrait aider à
considérer les infections opportunistes au niveau de toutes
les institutions de santé du pays ". Agir sur les MST,
dit-elle, revient à agir sur les incidences de la maladie.
" Alors que beaucoup d'interventions sont réalisées
dans d'autres pays pour prévenir l'incidence du SIDA, il
manque en réalité chez nous d'actions très
vigoureuses en ce sens", a déploré le Dr. Eddy
Génécé de Promoteurs Objectif Zéro Sida
(POZ), attribuant ce manquement à une série de facteurs
politiques et économiques.
En Haïti, l'absence d'engagement réel et de concertation
entre les différents intervenants risque de provoquer du
scepticisme chez la population vis-à-vis de l'ampleur du
SIDA, estime le Dr. Génécé. Non seulement les
symptomes de la maladie ne sont pas particuliers, mais ses incidences
paraissent stationnaires depuis 1990, malgré les dernières
projections de septembre 1998 qui devraient alarmer tout un chacun,
dit-il.
En Jamaïque, 2,4 millions de dollars, dont 1,4 million en
soins hospitaliers, sont consacrés chaque année au
traitement des personnes infectées, a rapporté l'agence
Inter Press Service citant le ministre à la Santé
jamaicain John Junor. En 1999, dix-sept ans après la découverte
du premier cas de SIDA dans ce pays, la rapide propagation de la
maladie a commencé à éroder sérieusement
les ressources peu abondantes de l'administration.
Pour une sensibilisation constante
L'impression dégagée chez diverses couches serait
que la mobilisation se ferait généralement à
l'occasion de la Journée Mondiale consacrée au SIDA
le 1 er décembre de chaque année.
" Le SIDA devrait faire l"objet de sensibilisation tous
les jours, car c'est une maladie qui frappe en tout temps et en
tout lieu ", a déclaré Augustin Bernard, l'un
des assistants-facilitateurs d'un programme destiné aux jeunes
au sein de la Fondation pour la Santé reproductive et l'Education
Familiale (FOSREF). La FOSREF assure un travail d'information et
de prévention contre les MST-SIDA, dans divers quartiers
de Port-au-Prince et quelques villes régionales d'Haïti.
J., une jeune haïtienne affectée par la disparition
il y a quelques années de son mari séropositif, pense
que la sensibilisation sur la maladie n'aura aucun impact au cas
où elle a lieu périodiquement. Le plus gros effort
devrait etre engagé, selon elle, au niveau de l'Etat principalement
responsable de l'organisation de la société, de la
mise en place des structures et infrastructures à orienter
en faveur des couches défavorisées. Il faudrait aussi
agir au niveau des médecins, infirmières et auxiliaires
en vue de situer le cadre de prévalence de maladies aussi
graves que le SIDA.
" La façon dont le système de santé est
organisé ne permet pas d'avancer qu'il existe une prise en
considération, voire une prise en charge des infectés.
C'est très difficile. Il est très rare de trouver
une infirmière qui leur serait tout-à-fait dévouée.
La réalité est que, en outre, les infirmières
du pays n'arrivent pas vraiment à dégager du temps
pour accompagner les affectés du SIDA, parce que épuisées,
à force de prodiguer des soins à un nombre considérable
de patients. Les infectés/affectés deviennent comme
des outils"?, a-t-elle ajouté.
Protection et solidarité envers les infectés
Face à la peur et au désarroi ambiant suscités
par le Sida, le Dr. Eddy Génécé de POZ juge
impérieux d'aboutir à une législation qui garantisse
les emplois des personnes contaminées, qui protège
leurs droits individuels et collectifs en dépit de leur statut
de séropositifs.
" Les institutions ont leur rôle. Mais, à l'instar
d'autres pays, il faut parvenir à une mobilisation nationale
de manière à imprimer une politique qui encourage
les personnes contaminées à disposer de moyens de
support ", a fait savoir Génécé qui a
évoqué la nécessité pour l'Etat d'établir
des structures qui favorisent une accessibilité des soins.
L'idée serait alors d'aboutir à des projets-pilotes,
des mouvements d'incitation de centres de recherche autour des types
de traitement que la pharmacopée haïtienne pourrait
administrer pour soulager les patients, argumente-t-il.
Le gouvernement de la république de Cuba, qui a vécu
en 1997 une recrudescence de nouveaux cas de personnes infectées
au VIH, a autorisé l'année dernière une campagne
d'information publique de 600,000 dollars et permis aux travailleurs
sociaux d'accompagner directement les prostitués et homosexuels
masculins, a rapporté le Washington Post en 1998. Cuba, "
qui a entrepris depuis plusieurs années l'un des programmes
les plus controversés sur le virus HIV, requérant
les personnes testées séropositives de vivre dans
des sidatoriums du gouvernement ", a le plus bas taux de prévalence
parmi tous les pays caraibéens, soit .02 %.
De son côté, le Centre d'Epidémiologie de la
Caraibe (CAREC), basé à Trinidad, a travaillé
avec ses pays membres, pratiquement tous les pays anglophones caraïbéens,
en vue d'améliorer la qualité des tests de détection
du virus et d'établir des systèmes d'accréditation
pour les laboratoires et les travailleurs, a rapporté le
Washington Post. En plus d'aider les pays à trouver plus
d'argent pour leurs programmes de lutte contre le SIDA, CAREC a
été aussi impliqué dans la vérification
de modèles de comportement sexuel et dans la mise sur pied'
dans les écoles et à travers les mass médias
- de programmes éducatifs destinés à promouvoir
davantage un comportement sexuel prudent.
Selon le ministre de la Santé jamaicain John Junor cité
par IPS, le gouvernement de ce pays serait en train aujourd'hui
d'intensifier des efforts pour " éduquer le public autour
de la maladie dans une tentative d"encourager les ressortissants
jamaicains à pratiquer des styles de vie sains ".
En Haïti, les efforts sont effectués davantage au niveau
du secteur privé et des organisations non gouvernementales
qui se plaignent de l'inévidence d'aucun engagement concret
de la part du secteur public. Cependant, l'unité en charge
des MST-SIDA au MSPP vient d'annoncer l'ouverture prochaine par
ce ministère de cinq centres de dépistage, en plus
de cinq autres déjà existants, dans le but d'assurer
la disponibilité de ce service à travers chaque département
sanitaire du pays.
Plusieurs spécialistes haitiens ont en maintes fois appelé
à une cessation de pratiques discriminatoires et d'exclusion
qui poussent les personnes contaminées à se confiner
dans le silence. Depuis 1990, il n'y a eu que très peu d'infectés
à avoir affirmé clairement leur statut de séropositifs.
Quoique ayant manifesté de la solidarité agissante,
l'entourage des malades ne semblerait pas généralement
prédisposé à en parler, par crainte d'éventuels
remous sociaux que susciteraient de tels aveux.
" Il ne faut pas oublier que le SIDA a vécu des moments
de turbulence comme ce pays. Mais, en 1998, nous nous sommes évertués
à avoir une mobilisation constante à travers les fêtes
champêtres dans les départements du Nord, de la Grande
Anse, du Sud (festival de Gelée aux Cayes), du Sud-Est (campagne
nationale ayant démarré avec les jeunes au mois d'aout
à Jacmel). Evidemment, la mobilisation autour du SIDA coûte,
et nous ne pourrions pas obtenir tout ce que nous voudrions. Néanmoins,
nous essayons de réaliser le maximum ", a argué
Dre. Van Onacker.
Par ailleurs, l'Association Médicale Haitienne (AMH) a évoqué
dans la presse la nécessité de la mise en place d'une
commission d'éthique (non encore constituée) devant
se pencher sur l'administration du vaccin qui sera testé
en mars 1999 sur des séropositifs dans le pays. Une telle
commission devrait comprendre des avocats ainsi que des défenseurs
de droits humains, a indiqué un chercheur. Personne ne sait
jusqu'à présent quelle institution sera responsable
de tester le vaccin sur les séropositifs en Haïti. Excepté
l'AMH, aucune autre voix officielle n'a pipé mot sur le vaccin
qui devrait être testé cette année sur des séropositifs
volontaires en Haïti, suivant ce qu'a rapporté la presse
internationale.
Une campagne axée sur les jeunes
Comme plusieurs pays à travers le monde, l'unité
en charge des MST-SIDA au MSPP a mis fin le 1 er décembre
1998 à la campagne publique Ronaldo (du nom du joueur de
football brésilien de 21 ans), invitant tout un chacun à
se prémunir de manière responsable contre les effets
du virus du SIDA. Cette campagne nationale contre le SIDA, qui s'est
adressée aux jeunes - l'un des groupes vulnérables
susceptibles de déterminer le profil de l'épidémie
de demain - a bénéficié, entre autres, du support
d'une organisation non gouvernementale, dénommée Volontariat
pour le Développement d'Haiti, avec laquelle le MSPP a tenu
des sessions d'informations ainsi que des séances culturelles
d'animation en divers points du territoire d'Haïti.
Insistant sur la complexité du problème, le Dr. Génécé
a relevé un taux très faible de fréquentation
générale des centres de santé par les jeunes.
La tranche d'âge 15-16 ans ne se rend guère aux centres
hospitaliers ni aux cliniques, parce que éprouvant très
rarement des symptômes de grippe ou de fièvre. D'ailleurs,
le concept de clinique pour les jeunes n'a commencé à
être développé que très récemment.
Le responsable de POZ a plaidé pour la mise en oeuvre de
campagnes intensives d'informations à tous les niveaux (écoles,
médias, marchés publics, institutions de développement
communautaire). A l'échelle scolaire, le ministère
de l'Education devrait considérer l'aspect " sexualité
" dans l'élaboration du curriculum et avoir des programmes
de formation pour les maîtres. La question du tourisme demeure
tout aussi importante, et des capotes devraient etre mises dans
les chambres des hôtels, dans un souci de prévention.
A noter que la FOSREF tient régulièrement à
l'intention des jeunes une série de séminaires hebdomadaires
autour de différents modules, dont les MST-SIDA, dans le
but de susciter chez eux des comportements sociaux plus responsables.
Les jeunes sont invités à intégrer gratuitement
des clubs de danses, de langues, d'artisanat et des réseaux
d'information au sein même de la fondation. De manière
préventive, un cours dénommé " sexe et
genre " devrait être introduit au programme de la fondation
en décembre 1998, en vue d'inciter les participants à
réfléchir sur le concept de machisme qu'ils ont tendance
à imprimer dans leurs comportements quotidiens, en particulier
dans leurs relations sexuelles.
Groupes à risques et modes de transmission
Le machisme, culturellement fort dans le pays et tendant à
encourager la recherche de multipartenarité, reste l'une
des causes généralement admises pour cibler les catégories
à risque de contamination par le SIDA.
Sous prétexte de virilité, de nombreux hommes ne
consentent pas à faire le geste de mettre un préservatif.
Quand ils se soumettent à cette précaution, ils abandonnent
bien vite le préservatif au moment où la relation
commence à durer ou à devenir " sérieuse
" (un ou deux mois après les premières relations
sexuelles), indique une revue spécialisée de la Martinique.
Certaines femmes en Haïti, se recrutant pour la plupart parmi
les couches populaires, déclarent pour leur part qu'elles
ne supportent pas le préservatif. Ces changements de comportements,
dont l'abandon du préservatif, se font très souvent
sans aucune information ni connaissance sur le statut sérologique
du/de la partenaire.
Des spécialistes signalent que les risques de transmission
à d'autres personnes demeurent beaucoup plus grands dans
les premiers mois de l'infection, dont la manifestation a lieu après
un temps relativement long.
Outre les cas des adolescentes et adolescents qui ignorent les
risques, les chercheurs citent, parmi les catégories les
plus aptes à contracter et/ou propager le SIDA, les cas de
personnes instables ou se déplaçant à un rythme
très fréquent, comme les prostitués masculins
et féminins, les policiers et agents de sécurité,
les militaires, les camionneurs et autres chauffeurs de transport
public, les migrants ruraux qui se dirigent vers les centres urbains,
les immigrants et non-immigrants comme dans le cas des personnes
faisant la navette entre Haïti et la République Dominicaine.
" La grande mobilité observée chez certaines
couches de la population, qui se déplacent dans des conditions
propices aux liaisons sexuelles, augmente les chances de contamination.
Les personnes en présence ne connaissent pas le statut sanitaire
de leurs partenaires occasionnels. Finalement, la transmission pourrait
avoir lieu. Dans ce contexte, un temps interminable pourrait s'écouler
avant la manifestation de la maladie ", a expliqué le
Dr. Génécé.
Le responsable de POZ a tenu a rappeler les deux phases importantes
dans le SIDA: il y a des personnes contaminées qui l'ignorent
parce que ne présentant aucun symptôme; il y a aussi
des personnes présentant des symptômes de déficience
de leurs système et contraintes à rester au lit.
La transmission de la maladie du SIDA se fait essentiellement par
voie sexuelle, selon les spécialistes qui estiment que la
voie de transmission sanguine, par du matériel contaminé,
se trouverait contrôlé aujourd'hui. En 1998, 65 % des
cas recensés dans la région caraïbéenne
ont résulté d'une transmission hétérosesuelle,
selon un article du Washington Post. 35 % de tous les adultes infectés
au VIH dans la Caraïbe sont des femmes, et le taux de prévalence
parmi les femmes enceintes continue d'augmenter chaque année,
ont affirmé les mêmes sources.
Mais, au début de 1999, les travaux de la Dre. Béatrice
Hahn (université d'Alabama à Birmingham aux Etats-Unis
d'Amérique) " soutenue par une équipe de chercheurs
américains avec des preuves scientifiques - ont situé
l'origine du HIV 1, le plus dangereux des deux virus du SIDA, au
chimpanzé qui serait un réservoir naturel pour le
passer aux humains.
Au-delà de leur intérêt historique, les observations
de Dre. Hahn relanceraient les espoirs de mettre au point un vaccin
qui pourrait aider les humains à se protéger contre
leur propre virus, car comment comprendre que les singes porteurs
de leur virus ne tombent pas malades. Les gènes des humains
et du chimpanzé étant semblables à 98 %, "
il est très vraisemblable que ces singes vivent avec un dispositif
de contrôle du virus ", souligne la Dre. Hahn.
Outre un nombre cumulé de 300,000 décès dus
au SIDA en Haiti, une étude conduite par des chercheurs haitiens
en septembre 1998 a révélé une transmission
en augmentation de mères à enfants. Le nombre d'orphelins
dus au SIDA se situerait à environ 190,000 en 1998 dans ce
pays caraïbéen
A cause d'une situation de misère extrème, des femmes
en Haïti, qui n'arrivent pas vraiment à négocier
leur pouvoir sexuel, se retrouvent dépendantes économiquement
des partenaires mâles. Tantôt elles font affaire avec
un premier partenaire, tantôt elles entrent en relation avec
d'autres partenaires dont le statut sérologique et l'histoire
sexuelle ne sont pas connus.
Les rapports autour de l'évolution de la maladie dans la
région de la Caraïbe citent les soins de santé
inadéquats, le manque d'éducation ou d'information
sur le SIDA, l'usage persistant de drogues illégales et l'industrie
du sexe, comme facteurs contribuant à augmenter les cas de
virus HIV.
En Haïti, les facteurs de propagation du SIDA ciblés
par les spécialistes sont la régression de l'économie,
la pauvreté, une promiscuité sexuelle très
grave, " la monogamie en série ", le libertinage
sexuel, l'homosexualité, le phénomène de la
drogue.
L'organisation Promoteurs Objectif Zéro SIDA note que la
question de l'homosexualité n'est considérée
à aucun moment dans le plan national stratégique de
lutte contre le SIDA, " parce que c'est un sujet tabou ".
Une étude en cours au sein de cette organisation signale
l'existence de problèmes assez sérieux au niveau de
l'homosexualité, dont la communauté traverse toutes
les couches sociales : pauvre, moyenne et aisée (bourgeoisie).
" Il s'agit d'un problème spécifique différent
des autres pathologies. Les homosexuels doivent utiliser des condoms
associés à des lubrifiants à cause des relations
anales entretenues. La qualité du lubrifiant entre en cause.
Tout lubrifiant non à base d'eau entrainera une déchirure
du préservatif. Parfois, les homosexuels utilisent du beurre
ou de la vaseline en l'absence des capotes. Qui s'assure de la disponibilité
de lubrifiants dans le pays ? ", s'est interrogé le
responsable de POZ.
Par ailleurs, à l'opposé d'autres parties du monde,
la corrélation entre le VIH et l'usage de drogue intraveineuse
est extrêmement bas, excepté en Bermudes où
plus de 40 % des cas répertoriés sont reliés
à l'injection des drogues, fait savoir le Washington Post.
L'environnement en question
L'étude de septembre 1998 réalisée par des
spécialistes haitiens a souligné un impact considérable
de l'infection au VIH sur l'incidence et la prévalence de
la tuberculose qui s'attrape par contact ordinaire en Haïti.
Cette situation risque de perturber notamment les programmes de
lutte contre la tuberculose, dont le nombre de cas dus au SIDA se
révèle cinq fois plus élevé que le nombre
de cas de tuberculose attendus. En 1998, le nombre de tuberculeux
se situe entre 45,000 et 60,000 contre 11,000 attendus.
" Le risque d'infection au sein de la population générale,
qui était déjà très élevé
en Haïti avant l'apparition de l'épidémie, s'aggrave
davantage. Près de 50 % des adultes et 18 % des enfants tuberculeux
hospitalisés à Port-au-Prince sont séropositifs.
La tuberculose atteint 40 % à 50 % des personnes vivant avec
le VIH actuellement, et c'est actuellement leur première
cause de décès. Le SIDA rend également plus
difficile l'observance du traitement de la tuberculose et, en conséquence,
pourrait augmenter les cas de résistance ", souligne
l'étude.
A Carrefour Feuilles, banlieue sud-est de la capitale haitienne,
un programme dénommé " Une chance à prendre
" (UCAP), mis en oeuvre par l'Association pour la Promotion
de la Santé Intégrale de la Famille (APROSIFA), a
ciblé une situation environnementale très grave par
où pénètre le paquet des infections au VIH.
" Le milieu ambiant, impropre et insalubre, dépourvu
de ventilation, de certaines zones de cette banlieue augmente les
risques de propagation de la tuberculose chez les habitants, dont
une partie présente des symptomes de maladies respiratoires.
Exposés aux microbes, les habitants font face à la
promiscuité, à l'absence de toilettes et de latrines,
à des difficultés d'alimentation en eau potable. La
qualité douteuse de l'eau potable disponible encourage le
développement des MST, dont le frottis vaginal. Tous les
conseils de santé, tout l'encadrement médical et psycho-social
se heurtent à un handicap majeur : les conditions socio-économiques
de vie dans les bidonvilles ", a observé Ilionor Louis,
responsable du Service d'Encadrement Psychologique à l'UCAP.
Le programme de l'APROSIFA dispose d'une clinique à Carrefour
Feuilles recevant une moyenne mensuelle de 200 patients, pour lesquels
les cas de récidive sont rares excepté pour le VIH.
Tous les matins, une soixantaine de participants, femmes et hommes,
participent à des séances d'information, d'éducation
et de communication (IEC) sur les mécanismes de transmission
des MST-SIDA.
En plus d'une trentaine d'animateurs et promoteurs constamment
sur le terrain (églises, écoles, gaguerres) pour stimuler
des comportements responsables contre les MST-SIDA, le programme
a commencé à opérationnaliser une stratégie
de thérapie occupationnelle pour un groupe de séropositifs
ayant accepté de partager leur expérience.
La nature des échanges ou activités accomplis ensemble
par ces séropositifs n'a pas été précisée.
Mais, la finalité poursuivie consiste à planifier
une rencontre entre deux malades ou plusieurs infectés sous
les yeux d'un psychologue ou d'un travailleur social. Ainsi, aboutirait-on
à la formation de groupes d'entraide au sein desquels des
volontaires décideraient d'aller visiter d'autres malades.
Perspectives d'actions contre le SIDA
Plusieurs responsables interrogés dans le cadre de l'élaboration
de ce dossier suggèrent la mise en place en Haiti d'une structure
permanente, dotée d'un budget approprié et d'agents
de santé publics constamment présents à travers
le territoire, qui puisse contribuer à la prévention
des MST-SIDA, en plus du dépistage de la part des centres
de santé.
" Rien ne sera accompli tant qu'on restera dans la situation
actuelle. Il faut espérer que, sitot installé un Premier
Ministre ratifié par le Parlement, il y ait une structure
appropriée. Un programme de lutte contre le SIDA mérite
d'etre verticalisé au niveau national, par le biais d'une
structure capable d'assurer un leadership, et d'etre horizontalisé
au niveau régional. Certes, le pays pourrait ne pas disposer
de ressources suffisantes à une campagne de sensibilisation
intensive, mais des fonds peuvent être mobilisés à
partir de certaines agences, y compris du secteur privé,
qui seraient disposées à apporter leur contribution.
Ce ne sera plus nécessaire que des agents de santé
interviennent dans l'Education qui aurait déjà un
budget spécifique pour des activités spécifiques
", a indiqué Dr Eddy Génécé.
Ilionor Louis de UCAP propose la création d'un SIDATORIUM,
" non pas pour mettre les infectés en quarantaine suivant
le modèle du SANATORIUM qui se trouve à Carrefour
Feuilles, mais pour disposer d'un centre équipé de
tout ce qui est nécessaire à une vie régulière
: terrains de jeux, espaces de créativité et d'intégration'.
Y a-t-il espoir pour une diminution du taux d'infection' Difficile
à répondre, a admis Dre. Joelle Deas Van Onacker de
l'unité en charge des MST-SIDA au MSPP " qui ne se trouve
qu'au début de l"implication de différents acteurs
" dans la lutte pour faire baisser le taux de prévalence
du SIDA en Haïti.
" Nous devons simplement arrêter la tendance de cette
maladie, parce que, si nous ne le faisons pas, les projections indiquent
des incidences extrêmement graves sur le développement
de nos pays ", a souhaité le Dr. James Hospedales, directeur
du Centre d'Epidémiologie de la Caraïbe cité
par l'agence IPS.
Notes.- La plupart des données figurant dans ce dossier
ont été traitées à partir d'interviews
et d'informations collectées en novembre 1998. Une mise à
jour non exhaustive a été effectuée début
février 1999. (1) Les chiffres, disponibles à l'Institut
Haitien de Statistiques et d'Informatique (IHSI) et datés
de 1995, font état de 4,010,814 habitants formant la population
économiquement active (tranche d'âges compris entre
15 et 64 ans) pour l'ensemble du pays. Sur la base des projections
attendues pour 1998, le pourcentage des infectés par rapport
à la population économiquement active pourrait diminuer.
(2) Un ensemble d'informations statistiques sur les pays de la région
de la Caraïbe, excepté Haïti, rassemblés
par CAREC jusqu'en 1996. Aussi, le document intitulé "
Impact du SIDA " retraçant les projections épidémiologiques
en Haiti réalisées par Policy Project.
Références
CAREC (Centre d'Epidémiologie de la Caraibe)
16-18 Jamaica Boulevard
Federation Park
Republic of Trinidad and Tobago
Tel : (868) 622-4261
Fax (868) 622-2792
E-mail : carec@wow.net
Unité MST-SIDA du MSPP-Haiti
rue Saint-Honoré
Port-au-Prince (ancien local Hôpital militaire)
POZ (Promoteurs Objectif Zéro SIDA)
2 rue Tertulien Guilbaud
Bourdon, BP 1261
Port-au-Prince, Haiti
Tel/Fax : (509) 245-4396 / (509) 245-5330
E-mail : poz@acn2.net
FOSREF (Fondation pour la Santé Reproductrice et l'Education
Familiale)
41 angle Avenue John Brown et Rue Jardines
Port-au-Prince
Tel : (509) 223-7375 / (509) 223-7377
UCAP-Extension (Une Chance A Prendre, un programme de l'Association
pour la Santé Intégrale de la Famille - APROSIFA)
122 Route des Dalles
Port-au-Prince
Tel : (509) 221-3420
AMH (Association Médicale Haitienne)
24 rue Capois
Port-au-Prince
Tel : (509) 222-8233/223-9394
Fax : (509) 223-9885
Email : amh@haitiworld.com
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