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138.000 enfants de moins de 5 ans meurent chaque année dans le pays et 60% de ceux qui survivent ne se développent pas. 40% des décès survenus à l'Hôpital de l'Université d'État d'Haïti (HUEH) provient du service de pédiatrie, d'après le rapport du groupe santé du MSPP de mars 2000. (*4) "Il y aurait eu dans le rapport de 1995 une sous-estimation de la mortalité infantile qui serait à l'époque de 100 , si bien qu'on aurait actuellement une amélioration de ce chiffre tant en ce qui a trait à la mortalité infantile qu'à la mortalité juvénile," estime le Docteur Michel Cayemittes, directeur de l'Institut Haïtien de l'Enfance. (Voit Tableau 2). Qu'est-ce qui tue et rend malades les enfants d'Haïti? Les causes de la mortalité et de la morbidité infantile varient avec l'âge. Entre 0 et 3 mois, il semble y avoir une prévalence d'infections materno-foetales de septicémie suivie de pneumonie, au sein de l'unité de soins intensifs du service de pédiatrie de l'HUEH. Il y a un fort lien entre la mortalité infantile et la prématurité, laquelle représente 12% des admissions.5 Il existe aussi un lien entre la grossesse précoce et la prématurité, ce qui explique en partie le chiffre accru de décès survenus chez les enfants de mères âgées de moins de 19 ans, révélé par les rapports de EMMUS II et III. Tableau 2: Mortalité infantile (moins d'un an), mortalité juvénile (1-4 ans) et mortalité infanto-juvénile (0-4 ans) par périodes quinquennales précédant l'enquête, EMMUS III, Haïti 2000.
Les trois causes majeures de mortalité des enfants âgés de moins de 5 ans sont la diarrhée, la malnutrition et les infections respiratoires aigues. A côté de ces maladies, il y aurait par ailleurs la malaria toujours présente, la rougeole, le tétanos néonatal, quoique en forte régression, la tuberculose et de plus en plus le VIH/SIDA. A noter que ces causes de mortalité sont aussi des causes prévalentes de morbidité. Par contre, si certaines affections ne causent pas la mort des enfants - comme les troubles parasitaires, les troubles psychologiques et les troubles sensoriels - elles entravent néanmoins considérablement leur développement. La diarrhée : toujours aussi présente, mais un peu mieux soignée La diarrhée, à elle seule souvent doublée de malnutrition, compte pour 19% des décès enregistrés chez les enfants. (*5) Sur les enfants âgés de moins de 5 ans, 26% a eu au moins un épisode de diarrhée dans les deux semaines précédant l'enquête, chiffres qui ne diffèrent pas des enquêtes précédentes réalisées à Cité Soleil (16 à 36%) suivant les chiffres fournis par EMMUS III. A noter que la technique de thérapie de la réhydratation orale, popularisé en Haïti par les laboratoires Pharval, que 40,6% des mères disent utiliser (EMMUS III), a beaucoup influé sur la chute spectaculaire de la mortalité infantile de 177 de 1977 contre 80 d'aujourd'hui. La malnutrition : le neoud gordien Trente-trois percent (33%) des Haïtiens souffrent d'une malnutrition chronique contre 2% en République Dominicaine, 3% en Honduras et 6% au Guatemala. 8% des Haïtiens souffrent d'une malnutrition grave. (*6) La malnutrition aggrave de beaucoup le cas des enfants atteints de diarrhée, d'insuffisances respiratoires aigues ou des pathologies infectieuses.
La malnutrition est également un facteur de morbidité, puisqu'elle entraîne un retard à la fois intellectuel et physique de l'enfant. Par exemple, dans l'Artibonite qui est pourtant le grenier du pays, 30% des enfants de moins de 1 an et 61% des enfants âgés de 1 an à 4 ans présenteraient une déficience de poids par rapport à leur âge. Port-au-Prince, ville la moins touchée par la malnutrition, compte pourtant plus que 50% d'enfants trop petits pour leur âge. Ce chiffre est 65% dans le Département du Centre. "Etant un problème social, la malnutrition ne disparaîtra qu'avec le redressement des conditions socio-économiques du peuple Haïtien et la répartition équitable des ressources nationales," avait insisté feu Dr. Ary Bordes. Une première place qui s'affirme : les Insuffisances Respiratoires Aigues Les insuffisances respiratoires aigues (IRA) constituent la première cause d'admission à l'HUEH (26% des cas d'admission chez les enfants de 0 à 28 jours, 36% des admissions chez les enfants âgés de 1 mois à 1 an et 37% des admissions des enfants âgés de 1 an à 5 ans) et représentent le quart des décès chez les enfants âgés de moins de 5 ans. Sur cinq cas de pneumonie enregistrés a l'HUEH, quatre concernent des enfants âgés de moins de 5 ans.(*5) Dans le travail du groupe de recherche sur la frontière haïtiano-dominicaine, ces infections respiratoires aigues représentent la cause la plus fréquente de morbidité, indépendamment du groupe d'âge. Il existe une liaison très nette entre l'IRA et l'entassement qui caractérise les logements de la population à la fois rurale et urbaine d'Haïti, d'après le Docteur Françoise Ponticq. "La place prépondérante occupée par les insuffisances respiratoires aigues dans la mortalité infantile est peut être due au coût du traitement, qui est beaucoup plus élevé que celui de la diarrhée," a affirmé Docteur Duc, chef de service de la Direction Sanitaire de l'Ouest du MSPP. Le coût minimum de traitement pour une IRA avec oxygénothéraphie, est de 4.000,00 Gdes, d'après le Docteur Jean Joseph Regis, un pédiatre établi en clinique privée mais qui a travaillé longtemps à l'hôpital Adventiste. Typhoide, rougeole, malaria, polyomelite, tetanos neo-natal: lents à disparaître Liée directement à l'eau non potable et aux mauvaises conditions d'assainissement, la typhoïde représente la 5ieme cause d'admission à l'unité pédiatrique de l'HUEH où 675 cas ont été enregistrés en un an. En Haïti, 37% des cas de malaria sont des enfants et 800 enfants meurent chaque année de cette maladie. La rougeole représente encore malheureusement une cause majeure de mortalité et de morbidité en Haïti. Son taux de mortalité varie de 3,7% à 5,4% chez des enfants de moins de 5 ans. En potentialisant les effets de la carence en vitamine A, la rougeole constitue également une cause majeure de cécité. Jusqu'à l'an dernier, la poliomyélite était considérée comme virtuellement éliminée. Le 9 mai 2001, le ministre de la Santé Publique, le docteur Henri Claude Voltaire, a fait officiellement état d'une recrudescence de ce fléau, et d'une campagne nationale de vaccination en vue de l'endiguer. Le tétanos néo-natal a subi une nette régression ces dernières années, mais persiste encore dans les zones rurales, où un nombre élevé de femmes enceintes ne font lobjet d'aucune attention médicale et para- médicale, selon le Dr. Gérard Delys, médecin pratiquant à Grand Goâve, Tuberculose: quand la stratégie doit s'adapter au milieu Il y a une prévalence, au niveau national, de 0,5% de tuberculose. De ces 0,5%, 11% sont des enfants âgés de 0 à 14 ans. Dès 1951, le MSPP a créé un bureau national de lutte contre la tuberculose. Le Grace Children's Hospital/ International Child Care a été fondé en 1967 pour la prise en charge de la tuberculose chez les enfants de 0 à 12 ans. Cet hôpital s'occupera, par la suite, du dépistage et du traitement des personnes vivant sous le même toit que les enfants tuberculeux. En 1975, l'International Child Care crée la Croisade Anti-Tuberculose (CAT) pour mener des campagnes de vaccination de masses au BCG, pour le groupe d'âge 0-15 ans. La CAT eut la responsabilité des interventions anti-tuberculose dans le pays jusqu'à 1989. D'un régime classique de 12 mois, le traitement de la tuberculose est passé à un régime de 6 mois. Mais cette durée a du être allongée à 8 mois, suite à une recommandation d'une mission mixte OMS/Banque Mondiale, conduite en janvier 1997. Contrairement au régime de six mois, lequel réquerrait la supervision directe de la prise des médicaments pendant toute la durée du traitement, celui de 8 mois en effet ne nécessitait une supervision que pendant les deux premiers mois. "Cette décision reflète l'un des problèmes majeurs rencontrés par l'Haïtien, celui de l'abandon du traitement," a déclaré Dr. Jacqueline Gautier, Présidente de la Société haïtienne de Pédiatrie et Directrice de l'Hôpital du Bon Samaritain, qui s'occupe principalement d'enfants tuberculeux. L'un des grands problèmes posés par la tuberculose est son association au SIDA. 14% des enfants hospitalisés et 18% des enfants ambulatoires frappés de tuberculose avaient également le SIDA en 1996 (OPS/OMS). VIH/SIDA : quand les enfants paient l'addition 3 à 5% de la population rurale, 7 à 10% de la population urbaine sont infectées au VIH. En 1998, 8,4% des femmes enceintes portaient le VIH.(*7) Le taux de transmission périnatale est de 30%. En septembre 1998, on comptait près de 190.000 orphelins du SIDA. Le nombre d'enfants, dont l'un des parents est séropositif, serait largement supérieur au nombre déjà orphelin, selon ONUSIDA. Moins de 1 célibataire sur 3 avoue avoir utilisé un préservatif durant ses derniers rapports sexuels, d'après EMMUS III. Contrairement au milieu urbain, il y a une connaissance très faible en milieu rural des moyens de se protéger du SIDA. Entre les enfants de la rue, 62 % n'utilisent jamais un moyen de protection, constatent Martine Bernier et Paul Ascencio dans leur ouvrage "Le SIDA et les enfants en Haïti." La quasi totalité des filles de rue pratique la prostitution.(*8) Il existe de nombreux programmes de prévention des infections sexuellement transmissibles, dont le SIDA. Des tests gratuits de dépistage du virus sont disponibles aujourd'hui dans plusieurs régions du pays. Quand la psychologie se mêle au drame "Des phobies peuvent être réellement paralysantes et s'associent à la dépression. Un cas spécial a été celui d'un garçonnet de 7 ans environ qui souffrait d'insomnie, d'inappétence et de mal ajustement scolaire, il dépérissait à vue d'oeil. Son problème était lié à la peur que sa mère décedée depuis quelques mois ne vienne le chercher par trop d'amour," a relaté le docteur Legrand Bijoux dans son ouvrage Abrégé de psychiatrie haïtienne. "Rien n'arrive vraiment dans la vie haïtienne auquel le surnaturel ne soit mêlé au plus haut point," conclut le psychiatre. Cécité et rendement scolaire Sur les 80.000 aveugles recensés en Haïti, 15.000 ou plus seraient des enfants, dont 12.000 d'âge pré-scolaire et scolaire, d'après Dr. Michel Pean, président de la Société Haïtienne d'Aide aux Aveugles. A peine 1,7% de ces enfants fréquente une école. Un programme de l'UNICEF en 1996 a conclu à une prévalence de 9,7 de xerose conjonctivale et 2,5 d'ulcération de la cornée. Ces chiffres sont généralement liés à un manque d'approvisionnement en vitamine A. La couverture en vitamine A dans le pays serait de 60%, d'après Catholic Relief Services (CRS). Avec une prévalence de 2,5%, la conjonctivité néo-natale est une des causes majeures de cécité. "Le plus frustrant, c'est qu'il suffirait d'une goutte d'argyrol, à coût très peu élevé, pour empêcher l'apparition de cette pathologie," estime Dr. Jean Hugues Henrys, directeur du Service Oecuménique d'Entre-aide. Les problèmes visuels, ignorés tant par le secteur public que par le secteur privé, pourraient constituer une cause majeure dans le retard scolaire, déclare Dr. Michel Péan.(*9) "L'École St-Vincent compte à peu près 100 handicapés visuels parmi ses 250 handicapés. L'objectif est de les faire passer à l'école secondaire. Pour cela, il faut une motivation de la direction et du corps professoral de l'école où vont ces enfants, que ces élèves aveugles sont capables d'effectuer des études tout à fait normales. "Ces enfants ont une tablette en poinçon de EU$25,00, inférieur au coût normal d'une machine braille de EU$950,00. Pour ce qu'il s'agit des livres, une transcription est faite en braille. L'École Saint-Vincent est sur le point d'acquérir un scanner de EU$5.000,00 qui permettra une transcription plus rapide et immédiate en braille. "La cécité a un coût. De par la nature de son affection, l'aveugle requiert une attention beaucoup plus soutenue et donc beaucoup plus d'efforts de la part de ceux et celles qui vivent avec lui ou elle." Rappelant que les non voyants sont capables de s'intégrer normalement sur le marché du travail, Dr. Péan enfin suggère au public d'avoir un regard "moins aveugle sur les aveugles." Les damnés de l'enfer: enfants en domesticité, enfants de la rue Les enfants de la rue sont à peu près 10.000 actuellement. On pense que 14% d'entre eux sont âgés de 5 ans au moins. Ils sont sujets au stress, à l'anxiété, à la malnutrition, à la typhoide, etc. Mme. Maryse Flambert, la ministre des Affaires Sociales en janvier 2001, nous a assuré de la constitution des points de ralliement qui prenaient ces enfants en main pour leur faire apprendre un métier. Un enfant en domesticité (appelé aussi "restavèk") est un garçon / une fille, âgé / âgée de moins de 12 ans, qui, en échange d'une participation aux tâches ménagères d'une famille, reçoit gîte, couverture, éducation, soins, selon la législation en vigueur.(*10) Ne bénéficiant guère de ces conditions, la plupart des enfants en domesticité sont affectés à des gens dont les salaires sont inférieurs en général à Gdes 1.250,00 / mois. Ce fait, ajouté au peu de considération dont ils bénéficient les rend sujets à plusieurs pathologies telles que: la typhoide, la gastro-entérite, l'avitaminose A, l'IRA et de plus en plus les Infections Sexuellement transmissibles (IST) dont le VIH/SIDA. (*11) Quand les parents n'ont pas d'argent 4% de la population nationale accaparent 66% des ressources, 70% de la population disposent seulement de 20% des ressources et 10% de la population n'ont absolument aucune ressource. (*12) Dans les zones urbaines pauvres appelées bidonvilles, 2/3 de la population disposent de moins de $25,00 américains par mois. En zones rurales, seul 1 ménage sur 5 est en-dessus du seuil de pauvreté. (*13) Parmi les 90.000 employés de la fonction privée et publique 70% touchent moins de Gdes 2.000,00 par mois dans la fonction privée et moins de Gdes 2.800,00 dans la fonction publique (cités par ECOSOF). De même, la capacité des ménages d'acheter des produits alimentaires continue à être de plus en plus réduite avec la hausse constante des prix des biens essentiels à la consommation enregistrée pendant ces dernières années. Cette déficience des revenus corrobore les données de diverses enquêtes qui chiffrent le déficit calorique de la population haïtienne à 35% (de la norme quotidienne requise de 2.200 calories) et le déficit protéique à 20%. Herslyne Michel, une ménagère qui travaille au quartier résidentiel de Pacot (à Port-au-Prince) affirme qu'elle a été capable d'accoucher de son premier enfant en milieu hospitalier mais pas des 3 autre enfants à cause de l' augmentation des prix de produits de première nécessité. De Gourdes 35,00 en 1985, date ou elle a accouché de son premier enfant, la boîte de lait en poudre est passée à Gdes 75,00 aujourd'hui; le pied de boeuf de 0,75 centime à Gdes 3,00; la tête de boeuf de 5,00 à Gdes 15,00; la marmite de riz de 10,00 à Gdes 50,00; le régime de bananes de 4,00 à Gdes 75,00 et même à Gdes 100,00; le gobelet de pois de 3,00 a Gdes 8,00. Figure 1: Pourcentages des naissances dont les mères ont bénéficié de soins prénatals.
L'éducation laisse à désirer En général, il existe une liaison significative entre l'éducation des mères et la réussite des programmes de santé infantile. En Haïti, ce phénomène est particulièrement frappant. 95% des femmes ayant fréquenté l'école secondaire contre 53% des femmes analphabètes recourent à une assistance médicale (voit Figure 1). 43,6% des enfants complètement vaccinés ont des mères ayant fréquenté l'école secondaire, contre 21% pour ceux et celles vaccinés ayant des mères analphabètes (voit Figure 2). 3 femmes sur 5 ayant fréquenté l'école secondaire, contre moins du tiers des mères analphabètes, utilisent la thérapie de réhydratation orale pour soigner la diarrhée de leurs enfants. Figure 2: Proportion d'enfants de 12-23 mois complètement vaccinés.
Qu'en-est-il de la fréquentation scolaire en Haïti? 63% des enfants de 6 à 12 ans, bien en dessous des standards de l'Amérique latine, vont à l'école, d'après les chiffres de l'Éducation nationale. Seulement 38 ‰ parmi les enfants qui entrent à l'école au premier cycle achèvent leurs études secondaires.
Chaque année, 12% doublent, 10 à 15% laissent l'école. A peine 3,5% des professeurs connaissent les opérations du programme d'arithmétique de base du programme de la quatrième année. Les mères sont stressées "Constamment et naturellement stressées pour des raisons économiques et par l'abandon fréquent par leur mari, les femmes en Haïti forment des familles monoparentales et tendent à reporter les violences de la vie quotidienne sur leurs enfants," déclare Dr. Bergren, ancienne Directrice de l'Hôpital Albert Schweitzer. "Pitit kite m trankil, talè konsa m ap pase tout chimè m sou ou" (Enfant, laisse-moi en paix, sinon je te fais payer pour tout ce qui me rend la vie dure). Les impacts de l'urbanisation sur les enfants L'urbanisation non contrôlée en Haïti est 6,6%, un pourcentage peu élevé par rapport au taux d'urbanisation des pays d'Amérique Latine. Mais les structures urbaines ne sont guère adaptées à cette urbanisation modeste: elles se caractérisent par des graves problèmes d'assainissement, des logements mal ventilés, sans approvisionnement en eau potable ni évacuation d'excréta. "Port-au-Prince est restée une petite ville dépourvue des commodités dont jouissent ailleurs les agglomérations urbaines de sa catégorie."(*14) La population de Port-au-Prince est passé de 507.000 en 1971 à 720.000 en 1982 pour atteindre environ 2 millions en 1995. On pense qu'il y a actuellement 2 millions et demi de personnes à Port-au-Prince et dans les banlieues métropolitaines. (*15) Figure 3: Assainissement de Base - Population Desservie en Pourcentage (1980-1997). Actualisation des taux de couverture des besoins en AEPA au 31 décembre 1997 (MSPP/DHP)
La grande mobilité observée chez certains couples de la population - qui se déplace dans les conditions propices aux liaisons sexuelles - augmente les chances de contamination aux maladies sexuellement transmissibles, dont le SIDA. Les personnes en présence ne connaissant pas le statut sanitaire de leurs partenaires occasionnels, a reconnu Dr. Eddy Génécé de la Fondation Promoteurs Objectif Zéro SIDA. Le taux d'abandon du traitement anti-tuberculeux chez les enfants est en grande partie dû à la mobilité observée chez la population, estime Dr. Marie-Claude François, Directrice de l'Hôpital de la Communauté Haïtienne de Frères, qui s'occupe de prendre soin des enfants parrainés par le Plan Haïti. De même, l'échec de plusieurs campagnes de soins préventifs des enfants est attribué à des changements constants de population, affirme Dr. Dieudonné Jean-Baptiste, ancien directeur du Département de l'Ouest de la Santé Publique. Un logement à Port-au-Prince a 6 personnes en moyenne et parfois plus.(*16) Dans les autres villes, la situation est pire: 10,4 habitants par logement pour la ville de Desdunes, 10 habitants par logement pour la ville du Cap-Haitien, 6,85 habitants pour l'Estère, et 10,76 habitants pour la ville de St-Marc. (*17) Il y a une nette liaison entre l'entassement des personnes dans un même logement et les insuffisances respiratoires aigues, l'une des principales causes de la mortalité infantile, relève Dr. Françoise Ponticq du Service Oecuménique d'Entraide (SOE). Il y a beaucoup trop d'enfants pour qu'on s'en occupe correctement Il y a définitivement une relation entre la fertilité, le nombre d'enfants, et les soins accordés à ces enfants. "À partir d'un troisième enfant, les mères ne viennent plus en consultation," selon Docteur Régis, pédiatre à Port-au-Prince. Un septième enfant a 5 fois plus de chance de mourir que le quatrième enfant, signale EMMUS III. EMMUS III a trouvé que le taux de fertilité n'a que très peu évolué en 5 ans, de 4,8 à 4,7. Ce nombre est très élevé par rapport à la moyenne de l'Amérique Latine, malgré une amélioration dans l'utilisation de méthodes contraceptives modernes ayant passé de 13 à 22% chez les femmes en union. A peine plus d'une femme sur 5 et d'une femme sur 4 en union utilisent une méthode contraceptive moderne. Si ce chiffre a doublé en zone urbaine, il n'a pas changé du tout en zone métropolitaine dont la population grimpe à une vitesse alarmante. Un facteur corollaire à celui de la fertilité est l'intervalle génésique, le temps pris entre deux naissances, comme le montre le rapport préliminaire de EMMUS III, suivant lequel un enfant né quatre ans après son frère ou sa soeur a deux fois moins de chances de mourir que les enfants nés à intervalle de deux ans ou trois ans. Dr. Françoise Ponticq a constaté que l'intervalle génésique en zone rurale est de 9 mois. A rappeler qu'il y a une nette relation entre la grossesse précoce et la mortalité néo-natale associée à la prématurité. La grossesse précoce a aussi une incidence sur la mortalité infantile et même infantilo-juvénile, parce qu'en général une femme très jeune s'occupe moins bien de son enfant. Ces faits s'illustrent dans le rapport de EMMUS III, selon lequel l'enfant a "une fois et demie plus de chances de trépasser avant l'âge de 5 ans, lorsque sa mère est âgée de moins de 20 ans." Les ressources de l'État Dans les unités communautaires de santé (UCS), établis par le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), un paquet minimal de services est offert sous le label de prise en charge globale des maladies de l'enfance. Il comprend: la vaccination, la prévention, la détection et le traitement des pathologies néonatales, du faible poids à la naissance, les infections génito-urinaires, des parasitoses, la diarrhée, de la malnutrition et des insuffisances respiratoires aigues. Au niveau maternel, sont inclus les soins périnatals, l'assistance à l'accouchement, les soins post-natals et la planification familiale. "L'apport réel des UCS consiste en une mise en réseau des différentes institutions sanitaires ou ayant un volet sanitaire d'une zone géographique déterminée. Toutefois, il est difficile de mesurer leur impact réel dans l'amélioration des soins de santé, il n'y a que deux points du pays, au Bas Artibonite et à Port Salut qu'elles opèrent de façon satisfaisante," explique Dr. Emile Herald Charles, Directeur Général du MSPP. Le 25 juillet 2001, le MSPP et l'OPS/OMS ont organisé une journée de réflexion sur une nouvelle stratégie du MSPP, la Prise En Charge Intégrée des Maladies de l'Enfance (PECIME). PECIME organise l'offre des soins de santé sous une forme intégrée. "À propos des objectifs de cette journée, il s'agissait avant tout de prendre connaissance de l'impact des différents programmes entrepris à travers le pays. L'obstacle principal aux efforts du Ministère réside dans la pauvreté des moyens financiers," a expliqué Dr. Anne-Marie Desormaux, Directeur du Département de la Santé Familiale du MSPP. "Nous allons nous arrêter de cloisonner. Il n'y a plus d'une part la vaccination, de l'autre la prévention, de l'autre les soins à prodiguer pour les IRA, etc.; plus d'un côté l'aspect préventif et de l'autre le curatif," affirme Dr. Charles, qui par ailleurs a expliqué que le PECIME résulte d'une adaptation d'un modèle mis au point par l'OPS/OMS. "La réorganisation des services à l'intérieur des institutions de soins de santé et en conséquence la formation du personnel seront les implications pratiques de cette nouvelle stratégie," conclut-il. 1% du PIB, soit le dixième du budget national, est consacré à la santé publique. Cela donne EU$21,00 par habitant, un chiffre inférieur à celui des pays de l'Afrique sub-saharienne à PIB comparable à Haïti, où il est de EU$38,00, et bien inférieur à la moyenne des EU$202,00 de l'Amérique Latine. 80% du budget est alloué aux salaires au MSPP qui, avec ses 18.100 employés, est le deuxième pourvoyeur d'emplois en Haïti après le Ministère de l'Education nationale. Le pays, qui met tant d'emphase sur les soins primaires et les soins à donner aux enfants, compte 1.848 médecins, 785 infirmières et 1.844 auxiliaires (recensés en 1998). Peu nombreux, les agents de santé oeuvrant sur le terrain font face à une absence réelle de programme de formation. Parmi ces 1.848 médecins, on a dénombré 550 généralistes, 252 obstétriciens gynécologues, 211 pédiatres, soit 1 pédiatre pour 160.000 enfants. Plus de 80% de ces médecins, y compris les pédiatres, se concentrent à Port-au-Prince. Il faut plus d'une heure de marche à la grande majorité des Haïtiens pour se rendre au centre de santé le plus proche, parmi ceux qui sont fonctionnels dans la république caraïbe. "Il n'y a aucun centre de santé disponible pour les femmes enceintes dans toute la pointe Nord-Ouest d'Haïti, ce qui constitue tant pour les urgences obstétricales que pour les urgences néo-natales un véritable verdict de mort," martèle Dr. Jean Hugues Henrys, directeur du Service Oecuménique d'Entre-aide. Le grand problème du Ministère de la Santé
ne serait pas l'approvisionnement en matériel de base A peine 1/3 des enfants haïtiens sont complètement vaccinés, alors qu'une couverture valable impliquerait les 80 %, d'après les chiffres d'EMMUS II et d'EMMUS III (Enquête sur la Mortalité, Morbidité et l'Utilisation des Services) qui constatent une progression de 30,2 à 33,5%. Une campagne nationale de vaccination a été lancée par le MSPP le dimanche 7 janvier 2001. "La population n'a pas répondu massivement, particulièrement en raison du nombre insuffisant de centres de santé," a déclaré Dr. Jacques Duc, chef de service au département sanitaire de l'Ouest. Un aspect beaucoup plus positif des résultats du MSPP réside dans la promotion de l'allaitement maternel. Partout où la prévalence de l'allaitement maternel exclusif a atteint 50%, la mortalité infantile a été réduite drastiquement, l'hospitalisation due à la déshydratation sévère a diminué de façon spectaculaire ou a complètement disparu.(*18) Cette prévalence est passée de 0,6% à 49% après le lancement, en août 1995, de la campagne nationale de promotion "d'allaitement maternel exclusif jusqu'à l'âge de 6 mois," constate EMMUS III. Le service de Pédiatrie de l'HUEH recommande fortement de continuer cette alimentation maternelle pendant les épisodes de diarrhée. A rappeler que l'admission hospitalière est multipliée par 17 dans le cadre d'insuffisances respiratoires aigues pour les enfants qui n'ont pas reçu d'allaitement maternel. (*18) Tableau 3: Allaitement: Répartition (en %) des enfants de 0-23 mois selon qu'ils sont allaités, ou non, selon le type d'alimentation de complément, et pourcentage de ceux prenant le biberon, selon le nombre de mois écoulés depuis la naissance de l'enfant, EMMUS III, Haïti 2000.
L'assistance externe Le coût de la santé est très élevé en Haïti. En réalité, le gros morceau des services de la santé est assuré par l'aide étrangère
Quoique la moitié des soins primaires soit assurée dans le pays par des organisations non-gouvernementales (ONG), des questions se posent sur les incidences réelles de cette forme d'assistance internationale, qui se transforme progressivement en mise sous contrôle. D'après le Ministère du Plan, 29 ONG s'occupent du secteur eau et assainissement et 27 ONG de la santé. Ces ONG ont fait récemment l'objet de bien des critiques et la commission santé du Sénat s'est récemment penchée sur leurs activités. "Dans des supposés projets en cours et à exécuter, 70 millions de dollars ont fait le tour de Cité Soleil qui s'enfonçait chaque jour plus profondément dans une abjecte misère," a écrit Dr. Ronald Villemenay dans le Nouvelliste du 23 Novembre 2000. Ainsi les Haïtiens en sont venus à considérer l'assistance étrangère, plus particulièrement les ONG, comme un mal, hélas incontournable quand on réalise que ces ONG distribuent par jour 600.000 repas chauds pour la somme de EU$52 millions / an, répartis entre l'USAID (18 millions), le Canada (15 millions), l'Union Européenne (11 millions), la France (2 millions) et le Japon (2 millions). L'un des aspects les plus controversés de cette forme d'assistance concerne les trois millions de dollars / an de dépenses (de l'avis même du MSPP), au titre de l'assistance médicale cubaine initiée en 1998 par Fidel Castro et René Préval. Cette aide ne vise pas vraiment les besoins primaires de santé, mais s'adresse plutôt aux aspects secondaires et tertiaires, dit le MSPP. La présence médicale cubaine a fait doubler voire tripler la fréquentation des centres de santé par la population, ainsi que le nombre des interventions chirurgicales, tandis plusieurs centaines de bacheliers haïtiens étudient actuellement la médecine à l'excellente faculté de Santiago de Cuba. Cependant, la presse cubaine fait état de nombreux cas de médecins cubains qui, faute de matériel, ne peuvent vraiment pas venir en aide à la population haïtienne.(*19) Pendant que le personnel médical cubain avoisine le millier en 2001 sur le territoire haïtien, les praticiens nationaux de province migrent massivement vers la capitale. (*19) Ce qui risque de faire dépendre la population davantage de l'aide étrangère à long terme.
Quelques exemples qui marchent L'un des exemples les plus encourageants dans le domaine de la santé en Haïti est fourni par le comité de l'Hôpital de Bienfaisance de Pignon. Douze ans après l'accord conclu avec le MSPP en 1989, cet hôpital a enregistré des taux de mortalité infanto-juvénile et infantile inférieurs aux chiffres moyens de l'Amérique Latine: 17 et 10 respectivement.(*20) "Discipline, présence sur place, intégration de la population à tous les niveaux de décisions" sont les raisons du succès, dit Dr. Guy Théodore, fondateur de l'hôpital et natif de la localité. À Pignon, il y a 155 points de rassemblement, 554 agents de santé, et une intégration des guérisseurs traditionnels aux soins de santé. 500 enfants bénéficient de bourses d'études, parmi lesquelles des bourses d'étude universitaires et même à l'étranger. "Tous les boursiers reviennent parmi nous pour mettre leurs connaissances au service de la population de la zone," informe Dr Théodore. Un autre exemple de réussite est fourni par l'Hôpital Albert Schweitzer à Deschapelles. Fondé par les époux Mellon en 1956, cet hôpital a radicalement transformé la santé des habitants du Bas-Artibonite, voire du pays. 114. 000 femmes en âge de procréer étaient inoculées par an contre le tétanos néo-natal, dont le taux de prévalence est devenu nul après une campagne d'éradication menée dans 23 villages(*21) Dans la région desservie par l'hôpital Albert Schweitzer, les taux de mortalité infantile et juvénile sont respectivement la moitié et le tiers de ceux du reste du pays. Par le biais de l'Organisation Mondiale de la Santé, les techniques du trousseau remis aux mères de famille mise au point par le Dr. Lucien Rousseau, ont été exportées aux quatre coins du Monde. Dans le département du Sud-Est, Plan Haïti soutient financièrement l'extension des soins préventifs de santé fournie par un ensemble des ONG en collaboration avec la Direction Sanitaire du Sud-Est. Plan Haïti est une organisation qui supporte directement 48.000 enfants au niveau national (2% de la population des moins de quinze ans) et 250.000 personnes indirectement. Avec des moyens limités (des médicaments peu coûteux et peu nombreux, l'utilisation d'un système de référence déjà existant), Plan Haïti et ses partenaires réalise un programme axé sur l'éducation et la prévention. Ce programme promeut l'allaitement maternel exclusif, le planning familial, la vaccination, la distribution de vitamine A, la prévention du tétanos neo-natal, etc. De plus, Plan supporte d'une manière limitée le traitement des pathologies les plus prévalentes de l'enfance. "Ce que le Plan ne peut investir en moyens financiers, il le compense par la participation de la population," indique Bruno Oudmayer, directeur de Plan Haïti. "Le travail des animateurs, des volontaires, des promoteurs et de la population en général est absolument indissociable de nos réalisations. Par exemple ce sont des promoteurs qui permettent la diffusion du préservatif Kapot Pantè et de la pilule Confiance." "Grâce au temps consacré par les volontaires à l'éducation et au dialogue, non seulement les messages éducatifs se propagent de manière efficace, mais en outre nous arrivons à connaître les besoins réels de la population et nous nous trouvons ainsi en mesure de modifier de façon conséquente notre stratégie," a-t-il ajouté. Plan Haïti a aussi entamé le parrainage des orphelins du SIDA, un programme qui se réalise en collaboration avec Maison Arc-en-Ciel. Quelles perspectives pour la santé des enfants en Haïti ? Le programme de santé de Lafanmi Lavalas, le parti politique qui détient rênes des pouvoirs exécutif et législatif en Haïti, projette de ramener la mortalité infantile de 80 à 40 de 2001 à 2006, de collaborer avec la médecine traditonnelle et d'intégrer le secteur privé dans les soins de santé. (*22) Et l'ex-ministre Amédée Gédéon,(*23) a montré l'un des exemplaires des 150 kits de premier soins qu'elle compte envoyer dans de nouveaux centres de santé, car "le minimum serait que chaque section rurale dispose d'un centre de santé," dit-elle. Un nouveau centre de santé s'ajouterait bientôt au Centres GHESKIO (Groupe Haïtien d'Étude du Syndrome de Karposi et des Infections Opportunistes) et à celui du Dr. Paul Farmer à Cange (Péligre, Plateau central) pour contrôler la transmission à l'enfant du VIH, a précisé Dr Michaelle Amédée Gédéon. Grâce à l'AZT, le taux de transmission de la mère à l'enfant passe de 30% à des valeurs avoisinant les 10%, a fait savoir Dr Gédéon. La décision d'augmenter l'autonomie des directions départementales aura permis de diminuer la part de non-exécution budgétaire due à la lourdeur administrative. 93% des Haïtiens pensent que le gouvernement ne pourra atteindre ses objectifs sans l'aide internationale - laquelle est conditionnée a une solution de la crise politique, selon un sondage réalisé par HAITISCOPIE au cours du mois de février 2001 et publié par le Nouvelliste le 22 mars 2001. À peine 5% pense qu'il est capable de se passer de cette aide. Le fait politique demeure en effet, à court terme, la plus redoutable menace. Par suite de la non-ratification par la 46ieme législature d'un nouveau Premier Ministre, 50 millions de dollars alloués au MSPP n'ont pu être débloqués, selon Dr. Gédéon qui a, par ailleurs, fait état d'un blocage de l'assistance bilatérale directe à Haïti dans le domaine de la santé depuis plusieurs années. "Avec cette somme, nous aurions pu sauver beaucoup d'enfants. Si pour une raison ou pour une autre, la communauté politique haïtienne et internationale prend pour otage le peuple Haïtien, les conséquences ne seront qu'un surcroît de misère, la mort pour un nombre encore plus grand de nos enfants, un handicap physique et intellectuel difficilement surmontable pour ceux et celles qui survivront," s'est exclamé Dr. Gédéon. La situation sanitaire au moment de l'embargo imposé à Haïti de 1991 à 1994, apporte aux mots de l'ex-ministre une lugubre confirmation. La mortalité infantile avait accru de 16% dans la zone de Maïssade à cette époque, selon la Harvard School of Health. De plus, la malnutrition grave dans plusieurs régions du pays avait progressé de 6 à 32%, suivant une étude du Nutrition Center. Au fond les stratégies sanitaires les plus brillantes se heurteront toujours à deux facteurs incontournables: économique et politique. L'avenir dépendra des priorités réelles des principaux acteurs sur l'échiquier politique haïtien (gouvernement, partis politiques, secteur privé, communauté internationale), et des capacités réelles du peuple haïtien à faire valoir ses vraies revendications. "Je n'ai jamais perdu confiance en Haïti (I never lost faith in Haiti)," a dit un jour Gwen Mellon, qui avec son époux a fondé l'Hôpital Albert Schweitzer à Deschappelles. Quelques institutions de référenceAssociation Médicale Haïtienne (AMH) Catholic Relief Services (CRS) Centre de l'Éducation spéciale (CES) Hôpital Albert Schweitzer Hôpital de Bienfaisance Institut de Bien-être social et de recherche (IBESR) Institut Haïtien de l'Enfance (IHE) Maison Arc-en-Ciel Ministère de la Santé Publique et de la Population
(MSPP) Organisation des Nations Unies pour l'Enfance (UNICEF) Organisation Pan-américaine de la Santé / Organisation
Mondiale de la Santé (OPS/OMS) Plan Haiti Endnotes
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