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Les enfants en Haïti font face chaque jour à ces situations. Que se soit à l'école, au sein de la famille, dans la rue ou dans leurs rapports avec l'État, la violence poursuit les enfants et fait partie de leur quotidien. Apprendre sous la menace du fouet Les punitions corporelles sont interdites à l'école depuis 1843 sous l'administration de Jean Pierre Boyer (Président haïtien de 1816 à 1843). Cependant, encore en 2002, la plupart des écoles du pays continuent à les pratiquer sous une forme ou sous une autre. « Rigwaz » (peau de buf séchée et tressée), « matinèt » et règle en bois font partie de l'outillage des professeurs, surtout à l'école primaire, pour brimer les élèves. Dans certaines écoles l'usage du fouet est systématique, tandis que dans certaines autres, ce sont les professeurs qui décident de son utilisation sans qu'il y ait aucune forme d'intervention directe des associations concernées ou de l'État. D'autres formes de punitions corporelles sont également administrées : les professeurs mettent les élèves à genoux au soleil, les pincent avec leurs ongles, leur tirent les oreilles etc. La violence verbale est également très utilisée dans les salles de classe. Les enfants sont souvent traités de crétins, de sots quand ils n'arrivent pas à comprendre une leçon expliquée par le professeur. Vania Berrouet qui maintenant collabore avec la Fondation Haïtienne de l'Enseignement Privé (FONHEP), parle également de violence culturelle. "C'est le fait pour l'école d'ignorer la réalité vécue par les enfants. Ce qu'ils possèdent, on leur dit que ce n'est pas bon, qu'on va leur apprendre la vérité parce que leur vérité n'est pas la bonne "(*2), a dit Mme Berrouet. Cependant au cours de plusieurs séminaires de formation, sur la question de la violence pratiquée à l'école, qu'elle a organisé avec des professeurs, il est ressorti que les effractions dénoncées par ceux-ci étaient des effractions mineures. "Nous n'avons pas en Haïti de cas qui sont plus graves où il y a atteinte à l'intégrité de l'autre, comme on le voit maintenant aux États-Unis où les enfants sont obligés de passer sous un détecteur d'armes à feu ou d'armes blanches (*3), a t-elle fait remarquer. Bien que des lois interdisent les punitions corporelles, aucune structure structurelle de supervision n'a été mise en place. Mme Berrouet a précisé que durant la période allant de 1986-1996 , seulement 3 plaintes ont donné lieu au renvoi de professeurs. Dans ces cas, il y avait fracture des doigts et de l'avant-bras de l'enfant. Rencontrés dans une camionnette, deux enfants Henry (7 ans) et Albert (9 ans) ont indiqué qu'ils sont battus à leur école. La mère qui était présente a expliqué qu'il n'en pouvait être autrement vu que ses enfants sont très turbulents. "Je sais qu'on peut venir à bout de leur esprit désordonné dans cette école, c'est pour cette raison que je les y ai inscrits", a t-elle affirmé. Les parents sont ainsi les complices de la violence qui est exercée à l'encontre des enfants à l'école. De plus, la violence est omniprésente au sein même de la famille. Une enquête réalisée en août 2002 par un groupe de 20 enfants encadrés par Plan Haïti dans la ville de Jacmel au niveau de différentes couches de la population révèle que les professeurs forment la deuxième catégorie de personnes qui ne respectent pas les droits de l'enfant, les analphabètes venant en première place. La famille : première responsable La cellule familiale où l'enfant devrait se sentir en sécurité, est la première institution où il fait la connaissance de la violence. Qu'il soit exercé contre lui ou contre des membres de sa famille, lenfant évolue dans un milieu ponctué de scènes de brutalités. Les punitions mêmes les plus humiliantes sont considérées comme efficaces pour doter l'enfant d'une bonne personnalité. (*4) Environ neuf femmes et neuf hommes sur dix pensent qu'il est normal de donner parfois des gifles ou des fessées aux enfants pour les faire obéir, selon l'enquête sur la mortalité, la morbidité et l'utilisation des services 2000 (EMMUS III) menée par le ministère haïtien de la Santé publique et de la Population. De plus, 15 % des femmes et 23 % des hommes pensent qu'il est normal d'infliger des châtiments corporels aux enfants. 87 % des femmes et 74 % des hommes ont reconnu avoir, parfois ou même souvent, donné des gifles ou des fessés aux enfants pour les faire obéir. De plus, 39 % des hommes ont reconnu avoir infligé, parfois et même souvent, des châtiments corporels aux enfants. (*5) Les chiffres ci-dessus renseignent sur un état d'esprit qui place l'enfant dans une situation d'infériorité par rapport aux adultes. Le Dr Bijoux résume cet état de fait dans deux proverbes haïtiens qui disent : " Timoun se ti bèt", " Ti nèg se baton ki fè l mache" (*6) Dans tous les cas, les enfants sont dépendants des adultes pour leur protection à cause de leur faiblesse et le manque de développement de leurs capacités, d'ou la nécessité de l'application de la Convention Relative aux Droits de l'enfant. Tableau II: Violence domestique et maltraitance des enfants
Des parents interrogés pensent qu'ils ont le droit, voire le devoir, de corriger leurs enfants. "Les enfants turbulents, désobéissants et irrespectueux comme ils sont méritent bien le fouet", a dit Elvie une marchande de fritures. Patrick, son fils, n'aime pas quand sa mère le bat. Il indique que des fois il est fouetté sans même savoir pourquoi. Pourquoi en Haïti, les femmes arrivent en tête des statistiques en ce qui a trait à la violence exercée sur les enfants? Une histoire racontée par la psychologue Edwige Millien au cours du forum "Enfance et Violence" peut nous éclairer : « Jeannette est une fille qui était souvent battue par sa mère. La mère de Jeannette a été une enfant battue. Elle a été d'abord battue par son père. Et pour échapper à celui-ci, elle a, très jeune, épousé un homme. Cet homme était alcoolique et a continué de la battre."(*7) Il ressort que la violence est une chaîne et ce sont les plus faibles qui vont être les plus grandes victimes. En Haïti, les femmes sont beaucoup victimes de la violence. Les résultats de EMMUS III ont montré que dans les régions où la violence à l'égard des femmes est plus élevée, celle exercée sur les enfants a tendance à être également plus importante. Ainsi, l'enquête EMMUS III révèle que les femmes qui approuvent le plus fréquemment la violence domestique sont celles de la Grande-Anse (21%), du Nord-Ouest et de l'Artibonite ; des départements caractérisés par la prévalence la plus élevée de violence domestique.(*8) « La violence résulte de notre incapacité à résoudre les conflits de manière pacifique. Celle-ci demande de la communication, de la négociation et de la réflexion critique. Ces techniques ne sont pas enseignées dans les écoles, les gens doivent savoir que les enfants peuvent être disciplinés sans bâton », affirme Mme Stefanie Conrad, responsable de communication à Plan Haïti une organisation non-gouvernementale qui place les enfants au centre de toutes ses activités. Plusieurs spécialistes admettent que les conséquences de la violence sur l'enfant sont plus importantes quand celui-ci a été témoin des scènes de violences que lorsqu'il en a été l'objet. Dr Bijoux affirme que des recherches menées au Canada ont démontré que les effets de la violence sont plus profonds quand un enfant est témoin direct de la violence ou que la violence est exercée contre une personne qu'il aime. Une enquête de la Banque Interaméricaine de Développement (BID) au Nicaragua, illustre très bien les conséquences que peuvent avoir la violence particulièrement sur l'éducation des enfants. Selon cette étude, 63 % des enfants issus de famille où les femmes subissent la violence domestique refont une classe, et abandonnent en moyenne l'école à 9 ans, alors que cet âge est de 12 ans pour les enfants de femmes non victimes de graves sévices.(*9) "La violence domestique est un problème qui concerne la santé, la loi, l'économie, l'éducation, le développement, et avant tout, les droits humains," rappelle Merhr Khan, directeur de recherche Innocenti de l'UNICEF. Les enfants en domesticité, les plus maltraités Bien que la législation haïtienne sur le travail des enfants soit très restrictive, la domesticité est un phénomène très répandue en Haïti. Plusieurs milliers d'enfants âgés entre 5 et 18 sont arrachés à leur famille pour aller travailler gratuitement ou en échange de services comme l'accès à l'école. Même si le Code du Travail autorise le placement d'un enfant en domesticité à l'âge de douze (12) ans, l'Institut du Bien-être Social chargé de donner son avis, s'y oppose catégoriquement. D'un autre côté, l'âge minimum autorisé pour le travail rémunéré est fixé à quinze (15) ans avec l'autorisation de la Direction du travail. Si la majeure partie des enfants en Haïti n'est pas épargnée par la violence, les restavèk (*10) sont ceux contre lesquels le plus de brutalité est exercée. Selon les premières données recueillies au cours d'une enquête menée en 2001 par le BIT (Bureau International du Travail) par le biais de son programme IPEC (Programme International pour l'abolition des pires formes de travail des enfants), le nombre des enfants en domesticité en Haïti se situe entre 90.000 à 120.000 dont 75% de filles âgés de 7 à 15 ans. Tableau III: Enfants en domesticité dans la Caraïbe
et l'Amérique centrale
L'avocate Betty Casty qui travaille avec l'UNICEF, intervenant au cours d'une rencontre régionale sur la violence intra-familiale (novembre 2001), a affirmé que les enfants effectuent des travaux domestiques au-dessus de leur capacité physique. Souvent, ils n'ont pas accès aux soins de santé, à l'éducation et au loisir. De plus, ils sont victimes d'abus sexuels. 60 % des enfants en domesticité questionnés dans le cadre d'une enquête réalisée par l'Institut psycho-social de la famille en 1998 ont affirmé recevoir des punitions du maître ou de la maîtresse de maison. A côté de cela, les injures quotidiennes viennent renforcer les agressions que subissent continuellement les enfants en domesticité. Jusqu'à maintenant, seulement une quarantaine de pays du monde ont adopté une législation spécifique en matière de violence domestique, dont 13 d'Amérique latine. Dieuseul (12 ans), interviewé dans le cadre de ce dossier, raconte qu'il a été battu sévèrement par une dame avec qui il était rentré à Port-au-Prince à l'âge de 8 ans. La dame avait respecté certains engagements pris auprès de sa mère, comme l'envoyer à l'école. Mais les tâches domestiques qu'il devait remplir ne lui donnaient pas le temps d'étudier. Toute sa journée se résumait à faire bien son travail afin qu'il soit pas réprimandé. "Après trois ans, je n'en pouvais plus, un jour je me suis enfui." Le BIT (Bureau International du Travail) a organisé les 27 et 28 mai 2002, un séminaire à l'intention des journalistes afin de porter à une plus grande sensibilisation sur la question du travail des enfants en Haïti, particulièrement sur la domesticité. Le juge pour enfants, Me Emmanuel Lacroix a décelé des contradictions dans la législation haïtienne relative au travail des enfants en soulignant que Haïti n'a pas encore ratifié la convention 182 sur l'éradication des pires formes de travail des enfants et la convention 138 sur l'âge minimum d'admission des enfants à l'emploi . Les journalistes présents au séminaire ont exprimé leur volonté de sensibiliser la population afin d'éradiquer les pires formes de travail des enfants. 16 % des enfants en Amérique latine et dans la Caraïbe font état de mauvais traitements quand les adultes jugent leur comportement incorrect. Les insultes représentent 13% contre 16% pour les punitions corporelles. Haïti est le pays de la région où l'on a signalé le taux le plus élevé d'enfants battus (40 %), viennent ensuite la Guyane 23% et la République dominicaine, 20%. Les enfants de rues : livrés à eux-mêmes Les enfants des rues sont des enfants qui n'ont d'autres endroits pour vivre que la rue. D'autres enfants passent leur journée dans la rue mais à la tombée de la nuit, ont un toit pour les héberger: ceux-là sont appelés enfants dans la rue. Le nombre d'enfants des rues, c'est-à-dire qui vivent exclusivement dans la rue, se situe autour de 2.000, selon des chiffres fournies par le père Attilo Stra, responsable du Foyer pour les enfants des rues dénommé Lakay (La Saline). Les enfants des rues vivent la violence au jour le jour. Livrés à eux-mêmes, ils subissent la violence et l'utilise pour survivre. " En proie à une insécurité généralisée puisque privé de tout, l'enfant des rues vit de la violence pour survivre" dit Mme Casty. Dans la rue, l'enfant fait l'apprentissage et vit de la violence au quotidien. Cette catégorie d'enfants est très exposée à la violence sous ses formes les plus brutales. "D'une façon générale, drogué ou pas, l'enfant des rues de Port-au-Prince vit dans une familiarité précoce avec la mort et dans une promiscuité anormale avec ses formes les plus violentes et révoltantes, tels assassinats et lynchage. Rares en effet sont, parmi ces jeunes, ceux qui n'ont pas vécu l'expérience de la mort imméritée d'un être plus ou moins proche, quelquefois d'un camarade de la même base, d'un membre d'un autre cartel ou d'un adulte de connaissance. Rares sont ceux qui n'auront pas vu au petit matin un cadavre ensanglanté abandonné au bord de la chaussée et souvent laissé à pourrir sous le soleil durant plusieurs heures", explique Frantz Lofficial. (*11) "Certains d'entre eux auraient même été témoins de lynchages et autres formes révoltantes de mort violente. Il s'ensuit une banalisation de l'horreur et une dépréciation de la vie humaine qu'il faudrait pas perdre de vue quand on évoque certaines atrocités commises par quelques enfants des rues. Ils ne le font alors, en donnant la mort comme en jouant, que répliquer le modèle établi, sans nul souci des conséquences, car ni la vie d'autrui ni la leur ne semble avoir de valeur" ajoute-il. Proie pour eux-mêmes, pour les autres enfants évoluant dans la rue, les enfants de la rue sont souvent aussi victimes de violences policières ou voient leurs droits foulés au pied. La plupart des enfants qui se retrouvent en prison sont des enfants de la rue. Pour de simples contraventions ou délits, ils sont mis en prison, alors que la législation sur les mineurs priorise la réhabilitation et l'éducation. Le juge pour mineur, Me Emmanuel Lacroix, a déclaré que l'incarcération des mineurs est illégale selon la loi du 7 septembre 1961. Même en cas de condamnation pénale, un mineur devrait être placé au centre d'accueil Duval-Duvalier. Les enfants qui commettent des infractions sont actuellement placés à la prison du Fort National. Pour Me Lacroix cette situation est un non respect des droits des enfants. Harmoniser la communication entre enfants et forces policières D'un autre côté, pour améliorer l'état des rapports entre les autorités policières et les enfants en difficulté surtout les enfants des rues, la Police Nationale d'Haïti de concert avec le Fonds des Nations-Unies pour l'Enfance (UNICEF) a organisé un atelier de formation sur les techniques de communication avec les enfants auquel a participé vingt instructeurs de la police du 21 au 23 février 2001. Cette démarche pour les organisateurs, " répond à la nécessité de favoriser le respect des droits de l'enfant et particulièrement le développement des connaissances sur la situation des enfants en difficultés et l'accompagnement social des enfants en danger. " (*12) L'atelier était axé sur la nécessité pour la police de se mettre à l'écoute des enfants et de se doter d'un détachement spécialisé s'occupant des dossiers des mineurs et d'une police spécialisée dans la prévention et la protection des enfants. Les instructeurs ont pu faire la différence entre la justice pour enfants qui vise à la protection et la réhabilitation du mineur délinquant et la justice pour adultes qui vise la répression du contrevenant.
SOS Timoun : Venir en aide aux enfants maltraités Devant les nombreux cas qui lui ont été soumis ces dernières années, l'Institut du Bien-Être Social et de Recherche (IBESR), un organisme gouvernemental sous la tutelle du ministère haïtien des Affaires sociales a ouvert en 2000 un service appelé SOS Timoun. Ce service met à la disposition des enfants victimes de violence ou de témoins un numéro de téléphone : le 133, qui reçoit des appels du lundi au vendredi entre 6 heures et 18 heures. Le service SOS Timoun a été lancé à l'occasion de la Journée nationale de l'enfant, le second dimanche du mois de juin 2000. "Sa création répond à certains problèmes liés à la violence exercée sur les enfants dans les familles, les enfants en domesticité et les enfants des rues, pour lesquels l'Institut du Bien-Etre Social est constamment sollicité" a indiqué la directrice à la protection sociale à l'IBESR, Marie Carmelle Déjean. Elle affirme que le service dont elle est responsable reçoit souvent des enfants sévèrement battus, amenés par la police ou par quelqu'un du voisinage immédiat de l'enfant. Ces enfants présentent parfois des blessures très graves, a t-elle signalé. Tableau IV: Répartition des enfants accueillis par groupe
d'âge et sexe (octobre 2000-septembre 2001)
Tableau V: Nombre d'appels selon leur provenance (octobre 2000-septembre
2001
Tableau VI: Cas traités selon le sexe et le statut (octobre
2000-septembre 2001)
La majorité de ses agressions sont commises dans la famille et ce sont les enfants en domesticité qui en sont l'objet, a t-elle fait savoir. Quand un enfant est amené ou sollicite l'intervention de SOS Timoun, le Service de la protection des mineurs à l'IBESR effectue une enquête. Les parents peuvent être convoqués afin de les convaincre de la stérilité et des dangers des pratiques de violence. Dans le temps, des séminaires étaient organisés dans les écoles primaires et secondaires à l'intention des professeurs. Le manque de moyens logistiques confine les actions du service au traitement des urgences, a expliqué Mme Déjean. Les enfants sont parfois placés dans une autre famille ou dans une institution partenaire de l'IBESR comme l'Escale, une institution non gouvernementale qui s'occupe des enfants en domesticité maltraités. Cependant, ces solutions sont des exceptions car il est toujours mieux que l'enfant reste dans sa famille, a t-elle ajouté. La première cause de la violence sur les enfants en Haïti est économique, selon Marie Carmelle Déjean. "Si une maîtresse de maison se réveille et ne sait pas comment elle va faire pour monter la marmite, elle se défoule sur les enfants" a t-elle dit. Si SOS Timoun est une bonne initiative, il se heurte néanmoins à l'inaccessibilité des lignes téléphoniques en Haïti. De plus, un tabou règne sur l'intervention d'une autorité extérieure pour résoudre un problème familial. Pour Jimmy (8 ans) résidant à Carrefour-Feuilles "il n'est pas question de téléphoner à la police (Jimmy assimile SOS Timoun à la police)" pour ses parents. " Même s'il me battent parfois, je me résigne. Un jour je serai adulte et ils ne pourront plus me battre". Un homme (d'une quarantaine d'années environ) rencontré dans la rue et questionné sur la question, a fait savoir que s'il battait un enfant pour son bien et que celui-ci allait appeler des autorités pour le faire arrêter, il abandonnerait cet enfant. Kathia (13 ans) est une en domesticité. Elle ne connaît pas SOS Timoun. " Quand on me bat, j'appelle au secours le voisin. Si j'avais su qu'il y avait un numéro pour demander de l'aide je l'aurais déjà composé. Mais si les gens de la maison me surprenaient au téléphone, ils m'auraient sévèrement battus,"a t-elle avoué. L'accès au téléphone n'est pas une condition pour une intervention de l'IBESR dans le cadre de son service SOS Timoun. Une personne peut se diriger directement vers l'institution pour faire part d'un cas de violence exercée sur un enfant. Cependant, IBESR ne dispose que de trois bureaux à travers le pays (Port-au-Prince, Gonaïves, Cap-Haïtien). Il découle que beaucoup de cas ne parviennent pas aux oreilles des autorités ou d'organisations travaillant dans le domaine de la protection des droits de l'enfant. A Port-au-Prince, la direction de la protection des mineurs ne dispose que d'une voiture. Très souvent même pour les cas nécessitant un déplacement, la victime est obligée d'attendre. Élaborer une fiche unique pour l'enregistrement des cas de violence Les données statistiques sur la violence en général et celle exercée sur les enfants en particulier sont rares en Haïti. Cette situation s'explique d'une part, parce que les victimes hésitent à porter plainte mais, d'autre part, parce qu'il n'existe pas une méthode uniforme pour enregistrer les informations dans ce domaine. Face à ce constat, le Centre d'Intervention, de Réhabilitation, de Recherche et d'Expertise pour les Victimes de violences (CIRREV) une organisation non gouvernementale oeuvrant dans la lutte contre la violence sur les femmes et les enfants, a proposé à diverses institutions évoluant dans le secteur d'élaborer une fiche unique pour l'enregistrement des cas de violence. "Il est très difficile de faire un véritable état de la violence en Haïti et de tirer des enseignements nécessaires pour mener des actions adaptées aux différents types de violence" dit Marjorie Joseph, un médecin au CIRREV. "Ce nouvel instrument (qui est en phase d'expérimentation) permettra l'élaboration de meilleurs programmes de prévention et de sensibilisation sur le phénomène", selon Mme Joseph. Elle facilitera également la mise au point de propositions aux autorités publiques qui pourront mettre en place des politiques adaptées et l'élaboration de lois en regard des réalités constatées. Miguélina Rousse, une travailleuse sociale qui collabore avec le CIRREV, a relevé un taux relativement élevé de viol sur les petites filles. Durant un mois, une vingtaine de cas de viol est recensée à l'Hôpital de l'Université État d'Haïti ( la majorité ont entre 8 et 12 ans). Une centaine de cas de violence ont été dénoncés au CIRREV depuis janvier 2001, 25 % de ces cas sont des enfants (moins de 18 ans). Mme Rousse a indiqué que les enfants rencontrés dans les centres pour enfants en difficulté sont souvent violents parce qu'ils ont été eux-mêmes victimes de violence. Avoir la voix au chapitre Les médias ont un rôle à jouer dans la lutte contre la violence dans la société, a admis Mme Rousse. Plusieurs radios et télévisions ont mis leurs antennes à la disposition des agents du CIRREV pour la réalisation d'émissions tendant à éduquer la population sur la non-violence. Plusieurs émissions ont été réalisées sur les ondes de la radio Planète Créole, la radio Guinen et sur la télévision nationale (TNH). Mme Rousse a indiqué que des émissions sur les agressions sexuelles ont été retransmises. Ils ont présenté aux auditeurs comment opérer un recours judiciaire dans le cas d'un viol par exemple. En Haïti, près de 7 adolescents sur 10 considèrent qu'ils sont très peu ou pas informés de leurs droits, selon une enquête de l'UNICEF intitulé "La Voix des enfants" (*13) , publié en 2000 qui relatent la connaissance des enfants latino-américains et caraïbéens de leurs droits. Les enfants en milieu urbain ayant un niveau socio-économique plus ou moins élevé sont plus informés de leurs droits que les autres enfants. Il faut souligner que le fait d'être informé ne signifie pas que les enfants soient pleinement conscients de leurs droits. Les droits qu'ils mentionnent le plus spontanément sont: l'éducation (59%), la santé (38 %), les loisirs (25%), la liberté d'expression (23%)"et le droit de n'être pas maltraité (16 %), poursuit l'enquête. Pour ce dernier droit, en République Dominicaine le taux est de 37% et en Jamaïque 41%. L'enfant haïtien ressent un profond gène à exprimer ses opinions et ses sentiments. Le rapport "La voix des enfants" précise que la moitié des enfants et adolescents ont indiqué avoir des difficultés à exprimer leurs opinions à la maison et à l'école. La raison la plus souvent avancée est le manque de courage à prendre la parole (52%). En Haïti, ce chiffre est de 41 %, en République dominicaine, 57 % et en Jamaïque 10 %. Le pourcentage d'enfants ayant répondu que les professeurs n'écoutent pas est de 9% (Haïti), 19% (République Dominicaine et 16 % (Jamaïque). 80% des interrogés déclarent rarement éprouver des sentiments de bien-être. Cette absence d'information est présente même dans des domaines très importants comme la sexualité. Deux (2) enfants sur trois (3) sont peu ou pas informés en matière d'éducation sexuelle, révèle l'enquête de l'UNICEF. "La plupart des résultats sur Haïti sont différents de ceux des autres pays de la région (connaissance plus élevée des droits, sentiment plus fort de bien-être, appréciation de l'environnement scolaire, rejet de la violence domestique) ", a t-elle mentionné. Ces dernières années, plusieurs initiatives dans le secteur de la presse ont favorisé l'accès des enfants à l'information ou à travailler au changement des mauvais aspects des rapports entre les enfants et les adultes. Au journal Le Nouvelliste, un supplément hebdomadaire, le P'tit Nouvelliste, est réservé aux jeunes lecteurs. Des sujets visant à responsabiliser les enfants sont abordés. Dans ce supplément, le journal collabore également avec des organisations qui travaillent pour améliorer le sort des enfants. Par exemple depuis janvier 2002, l'Institut Panos et Plan Haïti mènent une série d'expériences dans plusieurs régions du pays visant à former des enfants journalistes. Ces derniers écrivent régulièrement des petits textes qui sont publiés dans le Petit Nouvelliste. Dans le Nord'Est d'Haïti, les enfants journalistes élaborent et conçoivent leurs propres émissions qui passent sur Radio Gamma à Fort-Liberté et Radio Hispaniola à Trou-du-Nord. Une radio et une télévision ont été créées avec l'essentiel de leur programmation destiné aux enfants. M. Eddy Trofort, Directeur de la Radio Timoun (Radio des enfants en français) a indiqué que la plupart des émissions s'articulent autour de la problématique de la situation des enfants. La radio Timoun accorde également une grande place à la formation des parents, a-t-il fait savoir. Selon lui, les mauvais traitements infligés aux enfants dans le pays sont dûs au manque de formation des parents. Créer de nouveaux rapports parents-enfants Par ailleurs, Stéfanie Conrad a expliqué le travail fait par son institution pour l'amélioration des rapports enfants-parents. Le programme "Enfants et média" est un exemple des activités que Plan-Haïti a entrepris dans ce but. Le travail des enfants montre aux parents que les enfants peuvent être responsables, a-t-elle indiqué. "Cela provoque le respect et la confiance des parents qui ont la possibilité de voir leurs enfants s'exprimer et démontrer leurs capacités" a t-elle poursuivi. Mme Nicole Pierre Louis, responsable des Droits de l'enfant à Plan-Haïti, a de son côté insisté sur les droits des enfants mais aussi leurs devoirs. Selon elle, il est très important de responsabiliser les enfants. Cela contribue à accroître le respect entre les adultes et les enfants. Elle a signalé qu'à partir du programme d'école de qualité, un projet conjoint entre la FONHEP et Plan Haïti, mise en oeuvre par diverses institutions intervenant dans le domaine éducatif, la question de la violence à l'école a été touchée avec les professeurs. Il leur a été montré comment un milieu où l'enfant se sent en sécurité favorise un plus grand rendement sur le plan académique. D'autre part, depuis avril 2001, un ensemble d'organisations nationales et internationales ont entrepris une série d'activités de sensibilisation en vue de promouvoir et de faire garantir les droits des enfants. Cette mobilisation se fait dans le cadre d'une campagne internationale du « Mouvement mondial en faveur des enfants. » L'un des cris de ralliement est l'arrêt de la maltraitance et de l'exploitation des enfants. La Coalition Haïtienne pour la Défense des Droits de l'enfant (COHADDE) est l'une des organisations qui fait partie du mouvement mondial en faveur des enfants. Depuis 1991, cette organisation qui regroupe près d'une quarantaine d'institutions oeuvrant dans la protection des droits de l'enfant, travaille sur le terrain en vue de favoriser l'épanouissement des enfants. Actuellement, la COHADDE organise des formations pour des enfants dans diverses régions du pays afin de leur permettre de prendre part à la promotion de leurs propres droits. Selon Me Emmanuel Lacroix, président de la COHADDE, une centaine d'enfants seront formés à l'issu de ce programme. Ils auront pour tâche de former d'autres enfants en vue de mettre sur pied des réseaux régionaux de protection des droits de l'enfant à travers le pays, dans le cadre du Mouvement mondial en faveur des enfants. Les châtiments corporels désormais interdits Le 6 septembre 2001, l'État haïtien par l'entremise du Parlement a interdit formellement les châtiments corporels exercés sur les enfants. Dès l'article 1, les législateurs indiquent que "les traitements inhumains de quelque nature que ce soit y compris les punitions corporelles contre les enfants sont interdits". "Par traitement inhumain, il faut entendre tout acte de nature à provoquer chez un enfant un choc corporel ou émotionnel, tel frapper ou bousculer un enfant, ou lui infliger une punition susceptible de porter atteinte à sa personnalité, par ou sans l'intermédiaire d'un objet ou d'une arme ou l'usage de la force ", précise l'article 2. Cette loi prévoit un ensemble de dispositions concernant les punitions qui sont infligées à l'école. Des sanctions sont également prévues contre ceux qui iraient à son encontre. Cependant, plusieurs personnes intervenant dans le domaine de la protection des droits de l'enfant avancent qu'une loi ne peut pas changer les mentalités et encore faudrait-il concevoir des structures susceptibles de faciliter l'application des normes légales. Presque dans la même rue où se situe l'Institut du Bien-Être Social (rue des Marguerites), il y des écoles qui utilisent encore le fouet. Un enseignant interrogé a répondu que les enfants haïtiens ne sont pas encore prêts pour apprendre sans le fouet. " Nous obtenons de meilleurs résultats avec le fouet ", a t-il dit. Bien avant cette loi, des écoles avaient déjà interdit le fouet, mais dans beaucoup d'établissements, des enseignants, réticents à déposer le fouet, sont tolérés. Le député contesté Wilner Content pense que des commissions de suivi doivent être créées comme cela a été prévu dans le texte de loi voté. M. Content est conscient que beaucoup d'aspects ne seront pas mis en application. Cependant, il pense que les ministères des Affaires sociales et de l'Éducation nationale notamment, doivent " veiller de près " en élaborant un cadre d'application. "Il y a beaucoup de lois dans le pays mais cela n'empêche pas que chaque jour des écarts y soient constatés. Que ce soit à la maison ou à l'école, on continue à utiliser les punitions corporelles. Cette commission doit surveiller et appliquer les peines prévues", a t-il déclaré. Travailler à l'élimination des abus exercés sur les enfants sera très difficile en raison de la mentalité des parents qui pense que le fouet peut améliorer le comportement des enfants, selon M. Content. "La difficulté vient également du fait que la justice devra prendre en compte la réalité. C'est pourquoi le Ministère des Affaires Sociales doit mettre sur pied des programmes pour mettre les parents en connaissance de la loi, les faire comprendre que leur travail est de veiller à l'épanouissement des enfants ", a t-il ajouté.
Cette loi votée par le Parlement haïtien est un pas fait dans la direction d'une harmonisation de la législation d'Haïti avec la Convention relative aux droits des enfants ratifiée en 1994. Au cours la Session Extraordinaire des Nations Unies consacrée aux enfants qui s'est déroulée du 8 au 10 mai 2002, l'État Haïtien a présenté les mesures adoptées en vue de rendre effectifs les droits reconnus par cette Convention. Éduquer à la non-violence Plusieurs personnalités rencontrées ont exprimé leur inquiétude sur le phénomène de la violence dans le pays. Le Dr Bijoux a mis l'accent sur le risque d'une perpétuation de la violence par le complexe de reproduction qui porte l'agressé à s'identifier à son agresseur. Selon M. Bijoux, il difficile de construire une société basée sur la violence. "Bien que l'histoire du pays, tissée de violence, peut expliquer l'ampleur du phénomène dans les esprits, il est temps après deux siècles de rompre avec ses pratiques qui n'ont rien apporté de positif à notre société". Le Dr Bijoux pense qu'après plusieurs générations une éducation à la non violence pourra porter ses fruits. Cela a été également l'appel de plusieurs élus haïtiano-américains en visite en Haïti en janvier 2002. Intervenant au bureau des affaires publiques de l'Ambassade des États-Unis en Haïti, le vendredi 18 janvier 2002, M.Ossman Désir, membre du cartel municipal de Miami Nord (États-Unis), a fait remarquer que depuis l'indépendance, les Haïtiens ont eu souvent recours à la violence. Le maire de la ville de Miami Nord, Joseph Célestin, avait de son côté critiqué le fait que la violence soit omniprésente dans la mentalité haïtienne. "Nous avons assez essayé la violence. Maintenant, il est temps d'explorer d'autres alternatives basées sur la non-violence pour voir les résultats", avait lancé Marc Villain, responsable du comité des actions politiques haïtiano-américaines. Some reference institutionsCentre d'Education Spéciale (CES) CIRREV (Centre d'intervention, de réhabilitation, de
recherche et d'expertise pour les victimes de violences) COHADDE Escale Foyer Maurice Sixto IBESR ( Institut du Bien-Être Social et de Recherches) Lakay PEJEFE (Programme d'encadrement des jeunes Femmes et des Enfants) Plan-Haïti Service social de l'Hôpital de l'Université d'Etat
d'Haïti (HUEH) SOFA Timkatec ( Timoun k ap teke Chans) Tribunal pour enfants Endnotes
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