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Les articles d'Island Beat

Le phénomène des enfants des rues - un véritable défi social
Octobre 1999

Par: Carril Desrosiers, Journaliste Indépendant
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Depuis bon nombre d'années Haïti ainsi que certains pays de la Caraïbe font face à un phénomène social alarmant qui est celui des enfants des rues. A Port-au-Prince, aux Cayes, au Cap-Haïtien et dans les autres centres urbains d'Haïti,on les voit envahir systématiquement les rues.

Pieds nus, mal chaussés, mal coiffés, vêtus de haillons, ils sillonnent inlassablement les artères principales des zones metropolitaines tout en se livrant à des activités légales, illégales et marginales. On les accable de toutes sortes d'épithètes: déshérités, vagabonds, voleurs, délinquants, etc...

Jusqu'ici les nombreux efforts tentés par certaines institutions comme: Foyer Lakay, Foyer Portes Ouvertes, Foyer Arc-En-Ciel, le Fonds des Nations Unies pour l'Enfance (UNICEF) pour enrayer ce serieux problème se sont avérés insuffisants.

Selon les responsables de l'UNICEF, le nombre d'enfants des rues augmente à un rythme croissant et inquiétant. Cela prend malheureusement la taille d'un véritable défi social, pour reprendre les propos de Claudette Bontemps François, Responsable du Projet Droits de l'Enfant/Enfants En Situation Difficile de cet organisme onusien.

Selon une enquête réalisée en 1991 par le Centre de Développement et des Ressources Humaines (CDRH), le nombre d'enfants des rues s'élevait à 2 mille dont la majorité était recensé à la capitale.

De son côté, Madame Mathilde Flambert, actuel Ministre des Affaires Sociales, en charge du dossier avançait dans une enquête sur les incidences de l'embargo qui a été imposé au pays entre 1992 et 1994 suite au coup d'État Militaire qui avait renversé le gouvernement du Président Jean Bertrand Aristide, les chiffres de 6.000 en 1993 et de 10.000 en 1996.

Et ces mêmes données statistiques laissaient augurer une croissance exponentielle de cet effectif. A signaler qu'il n'y a pas de chiffres récents et fiables sur la population des enfants des rues.

Parmi les enfants et les jeunes que l'on remarque dans les rues à longueur de journée dans des situations atypiques, plusieurs catégories dont les principales sont constituées par les "enfants dans la rue" et les "enfants des rues." Le premiers ont conservé des liens et des rapports relativement réguliers avec leur famille où ils retournent notamment pour reporter le fruit de leurs pénibles labeurs. Les seconds ont définitivement et délibérément coupé ce cordon ombilical et choisissent la rue comme lieu de travail et de refuge.

Cette masse d'enfants se compose en grande partie de garçons âgés de 6 ans au moins, 18 ans au plus, les filles en sont très rares. Ils ont leur groupe d'appartenance et leur bande qu'ils appellent leur "base normale."

D'après maints observateurs, notamment des responsables du Foyer Lakay, ces enfants seraient issus des bidonvilles, des foyers frappés par la misère et par le désoeuvrement. D'autres analystes feraient croire que ce phénomène est dû à l'insécurité alimentaire générale, à l'exode rural, à l'explosion des bidonvilles, au chômage endémique, à l'émigration sauvage des boat-people, à la dégradation du pouvoir d'achat, à la chèreté de la vie, etc.

L'ostensible insuffisance prévalant au plan d'infrastructure des services sociaux et les lacunes affichées par les institutions étatiques en sont quelques-unes des causes majeures.

Ces malheureux enfants, quoiqu'on dise, sont pourtant de rudes travailleurs et s'apprêtent à exercer n'importe quel boulot rien que pour ne pas retourner bredouilles à leur base-dortoir. Las de recourir à la mendicité, ils choisissent d'essuyer les pare-brises et les portières des voitures retenues dans les embouteillages ou procéder au lavage des automobiles. Des mal intentionnés profitent de leur vulnérabilité pour les faire travailler sans être rémunérés. Il y en a parmi eux qui se transforment occasionnellement en voleurs en emportant les porte-feuilles et les objets précieux des gens naïfs et distraits.

Ces marginaux, toujours selon les observations des cadres de l'UNICEF, vivent dans des situations exessivement précaires et malsaines. Souvent ils sont terrassés par de terribles maladies. Les maladies de la peau, les maladies intestinales, la tuberculose, la typhoide et la malaria figurent parmi les maladies les plus courantes auxquelles ils sont exposés. Totalement privés des soins sanitaires et médicaux, ils sont dans une familiarité quotidienne avec la mort.

Pour mieux assurer leur survie, certains se prostituent couramment devant les hôtels de passe et les night-clubs. Fréquemment, ils pratiquent l'homosexualité avec des gens fortunés. Ainsi, ils contractent facilement les maladies infectieuses ou sexuellement transmissibles comme: le SIDA et la blennorragie.

Malgré leur funeste réalité, ils se trouvent confrontés à des agressivités physiques directes des gens qui leur en veulent. On se rappellent le cas de Ti Boutèy, de son vrai nom Jameson Dominique, écrasé littéralement par un engin blindé de l'armée américaine qui rétablissait l'ordre constitutionnel, le 19 septembre 1994. Il avait 12 ans. (Information fournie par Foyer Lakay dirigé par le Révérent Père Attilo Stra).

Ils sont également victimes de la défaillance du système judiciaire. Car selon les informations transmises par Collin Granderson, le coordonnateur de la Mission Civile d'Observation des droits de l'homme OEA/ONU en Haïti (MICIVIH), en dâte du 14 septembre 1995 à la prison pour les jeunes, logée au Fort-National sur 125 cas on trouve 75 condamnations pour les contraventions et délits mineurs tels: vagabondages, rixes, etc. On relève aussi dans leurs dossiers quelques cas d'assassinats et de viols.

Entassés dans des cellules sur peuplées (9 detenus sur 2.50 metres carres), ils ne sont pas déférés par devant leur juge naturel.

Lorsque frappés par la misère quotidienne, la faim, la fatigue mentale et physique, la plupart de ces enfants tombent facilement dans le piège de la drogue. Ils consomment en gros de la marijuana et aspirent surtout les vapeurs de colles dans des bouteilles en plastique.

Rigobert, un enfant âgé de 14 ans, vivant aux abords du stade Sylvio Cator, nous confie ses vicissitudes et justifie les causes qui le portent à se droguer: "Moi, je suis un orphelin. Je n'ai que la rue comme refuge. Quotidiennement, je cotoie la misère. Je n'ai aucune chance dans la vie. Pour moi, la drogue est le seul moyen de noyer mes angoisses et de faire fi des injustices sociales."

Contrairement à ce que pensent les gens de la société, ces enfants ont d'énormes potentiels et sont très talentueux. C'est ainsi qu'ils peuvent être affectés à des actvités manuelles, professionnelles, artistiques, sportives, artisanales etc... Bien entendu s'ils trouvent l'encadrement adéquat. Certaines institutions de bienfaisance comme La Fanmi Se Lavi, le Foyer Portes Ouvertes, le Foyer Arc-en-Ciel offrent des exemples saisissants en entreprenant des projets de réinsertion et de développement au bénéfice de ces derniers.

L'orchestre des enfants de La Fanmi Se Lavi ayant Sony Thélusma alias ‘Ti Sony,' âgé de 16 ans comme chanteur, en est une sur les multiples évidences qui peuvent être citées.

Cependant, le noeud n'est pas encore dénoué. Le défi demeure intact et les solutions afférentes à cette problématique se font attendre. Progressivement, les enfants occupent les rues des grandes villes et continuent à être victimes d'un système qui les marginalise de plus en plus.

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