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Ces enfants, auteurs et victimes de la violence
Par Jesula PROPHETE
Dans certains cas, ils jouent le rôle d’espion. Dans d’autres, ils sont porteurs d’armes. De victimes, ils deviennent des agresseurs. Une violence en entraîne une autre. C’est le revers de la médaille.
En Haïti, Plus de 2500 victimes par balles ont été recensés en août 2006 par l’Organisation Médecins sans Frontières. Ce chiffre représente un bilan partiel puisque la grande majorité des victimes ont peur de se faire soigner à l’hôpital. Par crainte, disent-ils de se faire arrêter par la police ou d’être pointés du doigt. Malheureusement 15% de ces personnes tuées ou blessées sont des enfants, selon un des responsables de cette institution sous couvert d’anonymat. Gardy, 16 ans est l’un de ces centaines de victimes.
Il habite à Martissant. Gardy a aujourd’hui 16 ans. Il opère au Centre Ville ou on le connaît sous le nom de TiPyè. Personne ne connaît ma vie pas même ma mère. Cette dernière est aveugle. Je suis fils unique du seul homme qu’elle aimait. Celui-ci est mort. J’avais alors 5 ans. J’ai été à l’école. J’ai même eu mon certificat confie- t-il.
Ce garçon a poignardé un homme au Boulevard Lasaline. C’était sa première mission a-t-il expliquè Elle consistait à braquer des passants. Le type en question refusait de vider sa poche. Misye t’ap fè wòklò. M’montre l kisa m peze a dit Gardy. A dire vraie la commission de cet acte, a basculé sa vie. Comme bien d’autre de son âge, il est devenu auteur et victime d’une violence aveugle.
Ces victimes oubliés
Au moins 16 milliards d’unités de munitions ont été produits pour l’annee 2001 et mis sur le marche selon un rapport de l’ONU. Soit plus de deux balles pour chaque homme, femme et enfant. Selon ce même rapport, la disponibilité des armes légères portatives, permet de faire participer environ 300.000 enfants à plus de 30 conflits armés dans toutes les régions du monde. Ces armes légères sont faciles à utiliser et peu coûteuses.,
Parallèlement à la situation qui prévaut á Cité Soleil, cinquante enfants seraient morts au cours des cinq premiers mois de 2005 rapporte un document du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) dâtée d’octobre 2006. La plupart de ces enfants étaient engagés dans une forme de violence quelconque selon le rapport dressé par le RNDDH..
D’autre part, les dossiers de l’Hôpital Sainte Catherine montrent en espace d’un mois, 114 personnes ont périt dans des affrontements entre bandes rivales. Résultat : un grand nombre d’enfants errent dans les rues, les projets de développement sont suspendus. Les écoles pour la plupart sont carrément fermées. Dans d’autres cas, elles fonctionnent au timidement.
Un coup dur à l’éducation Ces enfants, enrôlés dans des groupes armés, sont pour la plupart des écoliers voués a l’échec. Prises comme bouclier dans des conflits armés, ils laissent tôt les bancs d’écoles. Les raisons pour expliquer cette situation sont multiples. Avec la tension qui prévaut dans ces quartiers, avoir l’esprit tranquille pour étudier n’est pas chose facile, vu que des groupes les menacent continuellement. « Si w pèdi je kwa zan dye w al lekòl sa w pran se pa w » a averti un chef de bandes faisant la leçon de morale à un enfant du quartier de Martissant.
L’autre catégorie, sont ceux victimes du kidnapping. Avant les entrepreneurs et les hommes d’affaires, les élèves faisaient les choux gras de ce mouvement a souligné Gabriel Bien Aimé, le Ministre de l’éducation Nationale. Il a tenu cette declaration lors d’une visite effectuée dans le plus grand bidonville du pays dans l’objectif de distribuer des kits scolaires aux écoliers de Cité Soleil, le ministre a condamné ces actes.
Le secteur éducatif est touché durement par ces actes de violence provenant des enfants. Trop souvent, les écoles ont été des sites de violence. Pendant la visite du secrétaire d’Etat Américain Colin Powell, en décembre 2005, des coups d’armes ont été entendus à l’intérieur du Lycée Pétion.
Trois élèves ont été blessés au cours de cet incident. Ce tableau présente plusieurs façades. Il y a d’un côté ceux qui sont contraints à quitter la vie scolaire et de l’autre des laissés pour contre.
Ces menaces visent donc le plus souvent, à les empêcher d’aller à l’école ou de participer à la vie communautaire. De plus, les familles pauvres, victimes de violence sont moins capable de payer les frais d’écolage.
L’article 43 de l’avant projet de code de l’enfant est clair là-dessus. Il est interdit, dans des conflits armés et dans des situations de troubles sociaux politiques, de prendre des enfants pour cibles ou pour boucliers humains. Interdiction formelle est aussi faite d’attaquer ou de violer l’enceinte des écoles ou de tous autres établissements abritant des enfants a-t-il dit.
Un avenir incertain
Tipyè, le garçon mentionné tout au début fait à présent partie d’un groupe armé basé dans les périphéries de la capitale. Après chaque forfait, il reçoit des galons. Quant à présent, il se dit lieutenant II. Ce, grâce à son dévouement avoue-t-il. « Mon pistolet est mon seul ami. En sa compagnie, je me sens fort et puissant.... » explique Tipyè. Un exemple parmi des centaines d’autres ou des enfants sont devenus à juste titre des agresseurs et des victimes de la violence
Bon nombres de jeunes évoluant dans les quartiers chauds présentent des symptômes de stress post-traumatique. Et Tipye n’échappe pas à cette réalité. La violence augmente la nécessité d’un ensemble de services de santé a expliqué Dr. Jacklin Saint Fleur, directeur d’un hôpital public de Cité Soleil.
Pour plusieurs institutions de la societe civile qui observent cette realite les instances concernées se doivent d’offrir aux enfants victimes de la violence un support psychosocial. Ils doivent, en outre, entreprendre des recherches approfondies afin d’évaluer sérieusement l’impact sur la population tout entier. Yolènes Gilles, membre du RNDDH fait donc appel au sens de la responsabilité de l’état Haïtien dans la gestion des conflits armés qui affectent particulièrement les enfants.
Jesula PROPHETE
zazoul2005@yahoo.fr
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[ Posté le 12/03/2007] |