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Productions

The Panos Institute Caribbean supports journalists from all around the region, to jointly produce and disseminate information. Currently, Panos brings out the following series of media products in English, French, Kreyol and Spanish:

XVIe congrès sur le SIDA

Conférence de Toronto : Haiti aurait pu faire mieux.

Haïti connaît de sérieux progrès dans la lutte contre la pandémie du SIDA. Les agences nationales et internationales supportant Haïti dans cette lutte ainsi que de nombreux centres de recherche de l’Amérique du nord le savent. Malgré tout le progrès enregistré, Haïti demeure néanmoins, à côté de la République Dominicaine l’un des deux pays de la Caraïbe où vivent la majorité des personnes infectées.

Quand un article est publié dans des journaux de renom comme « Science Magazine, the Economist, The New England Journal of Medicine » sur les progrès accomplis en Haïti dans la diminution du taux de prévalence du VIH ou dans la prise en charge des Personnes Vivant avec le VIH, on en déduit que les résultats des programmes dont on a récemment fait état ont une solide base scientifique. Et il est normal que tous ceux qui sont engagés dans cette lutte s’attendent à ce que Haïti présente aux autres les raisons de son succès. Pourtant à la Conférence Internationale sur le SIDA déroulée à Toronto du 13 au 18 Août dernier, Haïti a encore une fois raté la chance de se vendre et on estime qu’elle aurait pu faire mieux.

La délégation haïtienne composée de plus d’une dizaine d’organisations est arrivée à la conférence, permettez-moi de le dire, sans aucune coordination. Ce problème, à mon sens, aurait pu être réglé depuis Haïti, si les représentants haïtiens y venaient avec l’idée de créer un bon impact au niveau de la communauté internationale. Il est vrai, la conférence de Toronto était davantage une rencontre d’échanges et de partage d’expériences. Néanmoins, une meilleure coordination des institutions participantes aurait permis à la délégation haïtienne de faire prévaloir l’expérience d’Haïti, et s’il y a lieu également, de certaines institutions impliquées.

Il résulte de ce manque d’organisation qu’à cette conférence devant faire état de plus de 400 présentations dans un vaste espace où les salles sont situées à des centaines de mètres l’une de l’autre et où bougent environ 25, 000 personnes, la situation est chaotique. Dans ces genres de conférence, où chacun essaie d’assister à une présentation sur ce qui se passe dans sa région ou dans son pays, il s’y perd facilement. Et la difficulté a été grande pour des représentants de médias haïtiens qui n’ont pas pu suivre les présentations d’organisations venant d’Haïti à quelques exceptions près.

On pouvait en effet compter difficilement sur le programme de 500 pages distribué aux participants pour se repérer. Le plus simple aurait été, peut-être, que chaque organisation inscrite dans la liste des institutions à présenter, communique leur agenda, depuis Haïti, aux autres institutions participantes, pour plus de facilité et davantage de participation et de solidarité. Seulement des représentants de trois organisations sur les quinze présentes ont communiqué à d’autres leur agenda depuis Haïti.

La quête d’informations autour de l’expérience haïtienne était visible au milieu de nombreux participants. Dans un centre de presse où évoluaient plus de 2000 journalistes, certains cherchaient à recueillir quelques interviews en vue de mieux connaître l’expérience haïtienne. Mais en vain. Un papier devrait mettre en parallèle la situation d’Haïti et celle de l’Afrique du Sud, pays ayant le taux d’infection le plus élevé du monde et où le Président et le Ministre de la Santé se sont fait ridiculisés « Le Président Sud Africain croit mordicus qu’avec de l’ail, du jus de citron, on peut guérir quelqu’un du SIDA. Une aberration dénoncée par les activistes venus du pays de Monsieur M Beki ». Occasion inespérée, mais ratée, pour Haïti de présenter ses « best practices ». Les représentants haïtiens, à l’exception de deux ou trois, étaient difficilement repérables, et leurs présentations introuvables.

Il est important également de signaler comment de nombreux pays de la Caraïbe, proches d’Haiti comme la Jamaïque, Trinité Tobago, se sont fait érigés des kiosques dans des espaces réservés à cet effet. Les visiteurs y ont fait des va-et-vient, ont posé des questions, et se sont renseignés sur le travail qui se fait dans ces pays, ont consulté et collecté des bouquins, posters, brochures provenant de diverses régions.

Haïti a certes fait du progrès. Mais l’on ne comprend pas pourquoi dans une conférence de cette envergure, ne pas promouvoir ce progrès à travers une meilleure organisation, au moyen d’un kiosque, par exemple. Les matériels de sensibilisation et des documents sur les « best practices » d’Haïti devraient être disponibles dans les institutions engagées dans la lutte contre le VIH/SIDA. Il semble d’ailleurs qu’une bonne partie du budget des organisations travaillant dans le domaine du VIH/SIDA serait destinée à la production de matériels. Mais où sont ces matériels ? J’ignore le mécanisme pour avoir un kiosque et exposer du matériel dans une rencontre d’une telle envergure. Mais a-t-on au moins essayé ? Qui devrait entreprendre les démarches ? Quand est-ce que Haïti fort de son succès pourra partager en plénière ses expériences ?

La prochaine conférence est prévue pour Août 2008, au Mexique. Plusieurs responsables haïtiens étaient là. Et ils ont vu. Mais avons-nous appris quelque chose ? Ira-t-on chacun dans son petit coin défendre son organisation et parfois mettre l’autre sur le banc des accusés ? Qu’est ce que Haïti présentera à la Conférence de Mexique ? Y aura t-il une coordination depuis Haïti pour défendre un intérêt commun et pour une cause dont l’avenir de toute une nation est en jeu ? Des questions que seuls un leadership, une coordination efficaces et responsables au niveau national permettront de répondre.

Jean-Claude Louis
jclouis@panoscaribbean.org

[ Posté le 20/12/2006]