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SIDA / STIGMATISATION Renvoyé pour son statut sérologique
Le comptable d’une « auto parts » à Port au Prince a été renvoyé pour avoir dévoilé sa séropositivité à l’une des responsables de cette entreprise située à la rue du Magasin de l’Etat, selon des informations recueillies au près de la victime. L’employé qui ne se sentait pas bien a demandé une journée pour aller voir son médecin. Ce dernier, après plusieurs séances de consultation, l’avait référé à GHESKIO (Groupe Haïtien d'Etude du Sarcome de Kaposi et des Infections Opportunistes), un centre hospitalier sis au Bicentenaire.
L’employé que nous appellerons « Jean », pour éviter de citer son vrai nom, était encore à GHESKIO quand il a téléphoné au bureau pour informer qu’il ne pourrait pas se présenter à son poste le jour même. A l’autre bout du fil était la femme du propriétaire de l’entreprise également responsable de l’administration.
Au fil de la conversation, la responsable questionnait Jean et voulait savoir où il prenait les soins. Sans la moindre hésitation, il a répondu : « Je suis à GHESKIO ». . . « GHESKIO ! », s’exclame la femme du patron. « Mais à GHESKIO on s’occupe des gens qui ont le SIDA. As-tu le SIDA ? » demande-t-elle, interloquée. « Peut être … », dit Jean, laconique. « Si tu as le SIDA, c’est fini pour toi ! Jean », tranche la femme du patron qui raccroche aussitôt le téléphone. Par manque d’information, elle n’est pas au courant que GHESKIO est un centre de recherche qui s’occupe, mis à part le SIDA, de bien d’autres maladies dont la syphilis, la tuberculose, la malaria…
La peur
« Je croyais pouvoir tout raconter à la femme de mon patron, compte tenu de la convivialité qui régnait dans cette entreprise et l’amitié qui se développait entre nous », me confie Jean sur un ton triste et sombre. Il enchaîne : « J’avais l’impression d’assister à mon enterrement, quand je suis retourné au bureau le lendemain ».
Les collègues de son travail, avec qui il passe une bonne partie de la journée à dialoguer sur les questions de l’auto parts, des matches de football et à débattre des sujets de la vie quotidienne, lui affichent leur face de marbre, indifférente qui laisse présager de mauvaises nouvelles.
En effet, à la fin du mois, la nouvelle est tombée comme une masse sur les épaules de Jean. Il a été remercié purement et simplement par le patron. Il lui a expliqué qu’il compte confier cette tâche de préférence à une firme comptable.
A date, Jean n’a toujours pas le courage de parler de sa séropositivité à sa femme, une décision qui éviterait bien des ennuis à celle-ci.
Les ennuis commencent pour Jean, un chapelet d’ennuis qu’il égrène et sur lesquels il se lamente : « Je dois trouver environ 22,500.00 gourdes pour permettre à mes deux fillettes l’une neuf (9) ans, l’autre six (6) ans pour entamer la nouvelle année académique ainsi qu’un nouvel appartement pour loger ma famille d’ici le mois d’octobre prochain, car je ne me sens pas en sécurité là où j’habite avec ma famille ».
Dans un pays où le marché du travail est aussi étroit qu’une marge de cahier d’écolier, trouver du boulot pour Jean, en ce moment, c’est comme faire passer un fil par le chas d’une aiguille. Notre bonhomme oscille entre jeter le voile et se murer avec son secret. « Comment dire cela à ma femme ? » persiste-t-il à dire. Je suis une oreille pour Jean, une oreille attentive qui l’écoute et qui lui donne la possibilité de dire avec des mots le poids de la discrimination, de la stigmatisation, de l’hypocrisie et de l’indifférence qui le courbe chaque jour vers la terre. Jean qui vivait avec la tête haute, que doit-il faire pour vivre debout et accepter sa vie de séropositif ?
Beaucoup de pays de la caraïbe ont des textes de lois sur le SIDA qui protègent les personnes atteintes du VIH, virus qui conduit au syndrome immunitaire acquis. En Haïti, notre constitution est muette sur ce sujet. Et pourtant dans ce pays qui a signé la chartre des droits de l’homme depuis le siècle dernier, la lutte pour le droit au travail sans discrimination, ne fait que pointer à l’aube.
Guerlain Guervil
haiti@panoscaribbean.org
[ Posté le 20/12/2006] |