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IST/VIH-Sida à Saint-Marc: une bataille de front
La lutte contre le Sida, à Saint-Marc, est une affaire prise très au sérieux par les acteurs concernés. A bien des égards, les différents organismes impliqués dans cette lutte de tous les instants pour prévenir, encadrer et enrayer le mal veulent rester dans leur sphère d'action pour ne pas mélanger les pinceaux.
Saint-Marc est grouillante d'activités économiques. La principale ville du bas Artibonite, située à une centaine de Kilomètres de la capitale, Port-au-Prince, est connue pour ses activités mondaines. La lutte contre la pandémie du sida y occupe une place qu'on ne saurait négliger.
Pour les raisons citées précédemment, la Fondation Esther Boucicault Stanislas (FEBS), l'UCS, l'hôpital Saint-Nicolas et le Projet d'appui à la lutte contre les IST/VIH-Sida en Haïti entendent de manière complémentaire contribuer à donner une réponse en vue de stopper la progression sinon de l'enrayer.
La FEBS dont l'objectif principal est la prise en charge psychosociale des PVVIH (personne vivant avec le virus d'immunodéficience humaine) devient un foyer de réconfort, une référence pour les gens qui veulent s'enquérir d'informations relatives aux IST/VIH-Sida.
A la FEBS, les responsables, les accompagnateurs, les cadres et les PVVIH forment un bloc offensif contre le mal, l'ennemi commun, c'est-à-dire les IST/VIH-Sida.
Esther Boucicault Stanislas, directrice de la FEBS, très connue en Haïti et à l'étranger pour avoir témoigné (révélé) sa séropositivité à la télévision, nous confie qu'elle ne peut pas se permettre le luxe d'être malade. Esther, comme on l'appelle affectueusement à travers toute la ville, se montre déterminée, elle ne veut pas décevoir la population qui lui accorde un crédit pastoral. « Si je suis malade, tous les autres le seront également, voire davantage », a-t-elle indiqué.
Les PVVIH rencontrées dans les locaux de la FEBS sont conscientes de leur statut et ,pour la plupart, elles assument leur situation. Elles se bousculent (hommes et femmes) pour témoigner. Ni l'âge, ni la catégorie socioprofessionnelle, ni la religion ne semblent pas une de leur préoccupation.
Marie-Ange, 29 ans, belle, brune, bien portant, se souvient de son compagnon mort il y a quelques années. Elle ne savait pas s'il était infecté, et de surcroît, les causes de sa mort. Elle a appris la nouvelle de son infection suite à une visite à l'hôpital pour cause de fièvre persistante. Aujourd'hui, elle veut reprendre ses études en sciences infirmières interrompues pour des raisons économiques. Marie-Ange qui est également accompagnatrice à la FEBS ne considère pas le VIH comme une malédiction du ciel, mais comme un problème à qui il faut trouver une solution.
Clairsimène, 34 ans, de grande taille, mère d'une fille, ne croyait pas à l'existence de la maladie jusqu'au jour de la nouvelle de l'infection de sa fille. Cela lui a mis la puce à l'oreille et elle s'est rendue dans un centre de dépistage. Présentement, avec l'aide des accompagnateurs de la FEBS, elle prend ses ARV (antirétroviraux) régulièrement. Selon ses propres propos, Clairsimène se sent chez elle à la FEBS et encourage les jeunes à réfléchir mille fois avant d'engager leur première relation sexuelle.
Méronville est âgé de 66 ans. Maçon et ébéniste, il est plein d'entrain et plein d'humour. Depuis 2004, année où il a appris sa séropositivité, sa vie a changé, il est devenu sage parce que de la maladie il a beaucoup appris. Il est plutôt fier de son fils aîné de 42 ans (il en compte 5 ). Il dit ne pas être victime chez lui d'aucun préjugé à cause de son fils aîné.
Marc Arthur, 22 ans, étudiant, plein de vigueur et de projets, avoue sa séropositivité à qui veut l'entendre. Pour se fabriquer des frondes (fistibal) dans le temps, il avait l'habitude d'aller fouiller dans les poubelles de l'hôpital Saint-Nicolas de Saint-Marc afin de trouver des matériels élastiques. Il est fort probable qu'il a été infecté de cette manière, nous a-t-il raconté.
Mme Flauberte Antoine, psychologue à la FEBS, déclare que son travail consiste à fournir un encadrement psychosocial aux PVVIH. En réalisant des counselings pré-test, des counselings post-test et des thérapies de groupe aux patients, elle confie que les principales difficultés liées à son travail ont trait aux croyances. Comme des PVVIH qui croient à la zombification, au sort jeté par d'autres personnes.
L'hôpital Saint-Nicolas de Saint-Marc en tant qu'institution de santé est impliqué dans la lutte contre le sida, mais pas au même niveau que les autres centres spécialisés, selon les dires du Dr Serge Vertilus, directeur médical dudit hôpital. Dr Vertilus nous a fait savoir que l'hôpital Saint-Nicolas qui est un hôpital communautaire de référence agit en étroite collaboration avec tous les dispensaires et centres de santé de la zone faisant partie de l'Unité Communale de Santé Saint-Marc- Desdunes-Grande Saline (UCS/SDG).
Interrogé sur le mode de collaboration entretenu avec les autres institutions travaillant dans le domaine des IST-Sida, le directeur médical de l'hôpital Saint-Nicolas déclare avoir hospitalisé des cas dépassant les compétences de la FEBS et sitôt que la situation du patient s'améliore, il pourra retourner à la FEBS pour d'autres soins. Quant au PALIH (Projet d'appui à la lutte contre les IST/VIH-Sida en Haïti), opérant également à Saint-Marc, il appuie non seulement les structures physiques de l'hôpital Saint-Nicolas, mais aussi entre dans le fonctionnement de l'hôpital.
Actuellement, le PALIH est en train d'étudier la possibilité d'avoir des actions plus serrées dans la prise en charge des PVVIH. Il fut un temps où les externes de l'hôpital étaient déplacés vers un autre espace appelé SSPE (Service de santé de premier échelon). Le PALIH et « Zanmi La Sante » qui opèrent dans le Plateau central intervenaient directement au sein des SSPE dans la prise en charge avant d'arriver à Saint-Nicolas. Cette collaboration va reprendre ses droits bientôt, suivant les informations fournies par le docteur Serge Vertilus
Pour sa part, le Dr Ludzen Sylvestre, responsable Initiatives spécifiques au PALIH, un projet bilatéral des gouvernements haïtien et canadien financé par le consortium CCISD (Centre de coopération internationale en santé et développement) et CECI (Centre canadien d'étude et de coopération internationale), a indiqué qu'il existe sur le terrain une concertation qui empêche toute duplication des organismes travaillant dans le champ. Cette concertation permet aux institutions d'être complémentaires au lieu de faire la concurrence stérile et de gaspiller les ressources si rares et indispensables dans la lutte.
Tout compte fait, le domaine des IST/VIH-Sida est un modèle où d'autres secteurs pourraient venir se ressourcer en vue de trouver des pistes de solution pour d'autres maux qui rongent le pays. A Saint-Marc, chacun se fait une idée du VIH, mais tous respectent l'action des institutions travaillant dans le domaine.
Dieudonné Joachim
Panoscaraïbes / haiti@panoscaribbean.org
[ Posté le 20/12/2006] |