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Racisme : Québec craint les violences parisiennes
La province canadienne lance depuis juillet une consultation publique sur le racisme et la discrimination à l’égard des nouveaux arrivants. La ministre de l’immigration, Lise Thériault, ne cache pas son inquiétude face à un embrasement des quartiers d’immigrants à la dimension des ghettos parisiens. Comment faire pour éviter que cela s’interroge-t-elle.
Bâtir une société à l’image des ces citoyens et de sa diversité, le Québec peine encore à le réaliser de façon pleine et entière après plus de 40 ans de lutte contre le racisme et la discrimination. Environ deux Québécois sur 10 sont nés à l’étranger.
Depuis avril 2006, un rapport d’un groupe parlementaire de travail établit que les noirs ne participent pas à la société québécoise. Malgré leur niveau de formation plus élevé, ces immigrants ne travaillent pas et sont victimes de racisme souligne le document. Un racisme et une discrimination qui s’étendent aussi à d’autres catégories d’immigrants comme les asiatiques du Sud du sud-est, les chinois, les Philippins, les latinos, les Arabes, les japonais et les Coréens.
« Il n’y a rien qui dit que pour le futur on va baisser nos niveaux d’immigration, au contraire on va les augmenter » affirme pourtant la ministre de l’immigration du Québec.
Lise Thériault dit redouter énormément une dégradation de la situation au plan social. La titulaire de l’immigration a en tête tous les jours les récentes émeutes des banlieues de Paris, en France, et quelques incidents à travers le Canada.
Une poursuite policière contre deux adolescents immigrants ( Bouna et Zyed) dans une banlieue parisienne a provoqué le 27 octobre 2005 la mort de ces jeunes âgés de 15 à 17 ans. Ce profilage racial, très mal tourné, plongeait Paris dans 21 nuit de violence dont le bilan s’élevait à près de 10 mille véhicules incendiés 3 mille arrestations, 56 policiers blessés et la mort d’un français blanc.
« On doit se poser la question de savoir comment faire pour contrer ça, pour pas que ça nous arrive » s’interroge, inquiète, celle qui s’occupe des aspirants et nouveaux arrivants dans la province canadienne.
T’es noirs, je te donne pas la « job »
Voilà pourquoi le Québec lance, depuis juin 2006, une consultation publique sur le racisme et la discrimination en présence de nombreux représentants des communautés culturelles.
Cette consultation est guidée par 5 grands principes : l’intégration socio-économique des nouveaux arrivants, la réduction des inégalités sociales, la solidarité, la prévention et l’intervention gouvernementale. Le débat se veut le plus large possible note la titulaire de l’immigration Lise Thériault.
« On veut réellement faire le débat sur toutes les formes de discrimination de racisme, de préjugés autant sur la race, la nationalité, la couleur, la religion aussi » dit-elle.
Depuis la première semaine de juillet, le document de consultation est disponible sur Internet au www.micc.gouv.qc.ca et les intéressés peuvent s’exprimer en ligne. Les points de vue des groupes seront mis en discussion au parlement le 13 septembre 2006 afin d’y dégager « une politique québécoise de lutte contre le racisme »
Principalement sur la question de l’embauche des québécois natifs de l’étranger ou de parents immigrants au Québec, Mme Thériault est chicotée devant la difficulté pour ces jeunes de trouver du travail. Visiblement contrariée et à bout, Mme Thériault parle de «problème grave»
« Moi, cela me crève le cœur de voir qu’un jeune qui est né ici, issu d’une communauté culturelle, qui a reçu un diplôme québécois et fortement scolarisé et il n’est pas capable de trouver un emploi… c’est parce qu’on a un problème » dénonce la ministre.
Le créole pas payant dans les CV
« Ma fille cherche un emploi actuellement et elle m’a envoyé son CV afin de vérifier si tout allait bien et j’ai vu qu’au chapitre des langue parlée elle mentionnait le créole, je lui ai dit de l’enlever car l’employeur saura tout de suite que tu es noire» dixit Luck Mervil. Il est l’un des rares noirs médiatiques de la province. Le chanteur haitiano-québécois participait là à un débat, le 27 juin 2006, à la Télévision des Quatre Saisons TQS autour de la question de savoir si le Québec est raciste ou pas. Arrivé dans la province dès l’âge de 4 ans, Luck Mervil (38 ans) connaît bien les méthodes des Québécois. Il estime que les employeurs ne rappellent jamais les postulants noirs.
Animé par le québécois de race blanche Richard Martineau l’émission réunissait entre autres deux autres québécois d’origine haïtienne Russel Ducasse et Varda Étienne.
« Je suis en train présentement d’écrire une Série télévisée et il y a quelqu’un, très connu dans le milieu, qui m’a déjà dit… écoute, tu n’as pas d’expérience d’auteur est-ce que tu as un nègre qui écris pour toi. Et ça m’a choqué » témoigne Mme Étienne. « On nous juge, je dirais, plus sévèrement entre guillemet, qu’un blanc » fait remarquer de son coté Russel Ducasse, l’un des rares noirs qu’on voit rarement à TQS.
Les blancs font la part des choses
Depuis le « Rapport James » sur la pleine participation des noirs au Québec, le racisme et la discrimination sont en débat sur la place publique. Dans les journaux, les stations de Télé et les radios les noirs accusent et les blancs s’en défendent.
« Je vous dirais que de manière générale les Québécois sont accueillants, sont ouverts, par contre il y a des préjugé » estime la ministre de l’immigration.
« J’ai beaucoup d’amis noirs et il y a peu de personnes qui affirment que le Québec est raciste. La situation n’est pas parfaite ici, mais c’est une société très ouverte » estime Réal Barnabé. Cet ancien cadre de Radio-Canada, resonsable de l’information de l’époque, a mené, il y a 15 20 ans, une bataille pour l’embauche des noirs à la télévision. L’actuelle gouverneure générale du Canada Michaelle Jean, était de cette cohorte. À regarder son petit écran aujourd’hui, Réal Barnabé se dit un peu déçu. «Il y a un travail énorme à faire dans les média pour qu’ils soient plus à l’image de la société » estime M.Barnabé.
Le Québec se dit incapable de mesurer l’ampleur du racisme et de la discrimination ainsi que leurs effets. Car, les gestes posés sont le plus souvent cachés en raison de leur condamnation par la loi. De moins en moins de cas sont recensés selon le document de consultation publique. Le racisme biologique ou nationaliste est marginalisé et disparu du paysage politique mais la vigilance s’impose estime le ministère de l’immigration.
Un immigrant québécois sur 5 en est victime selon une Enquête réalisée en 2005, alors qu’une recherche de Statistique Canada, datée de 2002, affirme que tous les immigrants sont victime de racisme à l’échelle du pays.
Jean Numa Goudou
Panos Caraïbes / haiti@panoscaribbean.org
[ Posté le 17/07/2006] |