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POLLUTION MARINE : Haïti au creux des vagues?
Par Panos Caraïbe

 

L’étude sur la pollution marine par la sédimentation dans la baie de Port-au-Prince révèle que la baie est contaminée par les déchets. Le processus d’accumulation des alluvions modifie considérablement la ligne côtière. Rapport de l’expert cubain Misael Diaz Asencio, mardi dernier à l’annexe du ministère de l’Environnement (MDE) à Juvénat.

Les observations préliminaires faites à partir de cette étude sur le contrôle de la pollution marine dans la baie de Port-au-Prince confirment que la baie est contaminée par des sédiments. Le processus d’accumulation s’est réalisé au cours de ces dernières années. Ce qui porte à croire que la contamination de la mer est due à la dégradation des différents bassins versants hydrographiques et à la mauvaise gestion des déchets. Les experts ont lancé un appel urgent en faveur de la participation de toutes les forces vives de la nation en vue de pallier ce phénomène qui aura de sérieuses conséquences sur la vie dans la bande côtière.
D’entrée de jeu, l’expert cubain Misael Diaz Asencio a abordé la question de l’inexistence de données chiffrées réelles en matière du contrôle de la pollution marine dans la région de la Caraïbe, en particulier en Haïti. C’est par l’application des techniques nucléaires, ajoute le biologiste, que les responsables peuvent reconstituer l’état des différents écosystèmes dont la dégradation remonte à des centaines d’années.
M. Asencio croit qu’il sera nécessaire pour les « décideurs politiques du pays » de travailler à l’investigation marine pour résoudre les problèmes du milieu marin côtier et en même temps la dégradation des bassins versants hydrographiques. Selon l’expert cubain, les Haïtiens habitant les zones côtières ne prennent pas l’habitude de « vivre avec la mer et de la regarder de près. Ce qui explique que toutes les maisons ont leurs façades opposées à la mer ».
Pour sa part, l’expert national Exil Lucienna du MDE estime qu’à partir du constat fait du processus d’accumulation des sédiments dans la baie de Port-au-Prince, le problème est alarmant. Il est urgent, précise M. Lucienna, de « penser à l’ordre environnemental afin de mieux contrôler la pollution marine dans les zones côtières » et de « rentrer dans la planification territoriale ». Car, souligne-t-il, les changements climatiques ajoutés à la pollution de la mer sont défavorables aux couches les plus vulnérables de la population et augmentent le déséquilibre du régime de survie des milieux défavorisés qui n’auront pas les moyens de défense.

L’expert national plaide en faveur d’une gestion rationnelle et intégrée des zones côtières d’Haïti. « Le littoral haïtien est l’affaire de tous, nous devons travailler pour le rendre meilleur, et ce sera un atout en matière du tourisme balnéaire. Car, quand les alluvions sont entassées sur nos côtes, l’espace de vie est menacé. Nous avons constaté qu’avec la pollution de la mer, la disparition ou l’éloignement de beaucoup d’espèces marines dans la baie de Port-au-Prince. Ce qui empêchera le développement touristique dans les zones côtières et entraînera la rareté des produits halieutiques », déclare le biologiste Lucienna.
Présent au cours de la séance de restitution, le ministre de l’Environnement, Jean-Marie Claude Germain, se félicite grandement de cette initiative qu’il croit porteuse d’espoir pour le pays. Il espère que l’expérience va continuer jusqu’à ce que l’équipe nationale soit en mesure de travailler à la vigilance d’une meilleure gestion de la pollution marine dans le pays.
Même son de cloche du côté du directeur général du ministère de l’Environnement, Daniel Brisard : « Je crois que l’initiative est louable et elle mérite d’être encouragée. Il y a encore de l’espoir ».
Inscrite dans le cadre d’un projet régional de l’Agence internationale de l’Energie atomique (AIEA), l’étude sur la pollution marine a été réalisée par une équipe, composée de cadres du ministère de l’Environnement (MDE), du Service maritime et de Navigation d’Haïti (SEMANAH), de la Faculté des Sciences (FDS) et du Laboratoire Tamarinier, avec le support logistique des Gardes Côtes d’Haïti. Elle a débuté le 25 février et a pris fin ce jeudi 6 mars 2008. Quatorze pays de la région ont pris part à ce projet. Haïti est le premier pays de la région à réaliser la prise d’échantillon.

Source : Panos Caraïbe - [posté le 12/03/2008]

haiti@panoscaribbean.org