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Productions

The Panos Institute Caribbean supports journalists from all around the region, to jointly produce and disseminate information. Currently, Panos brings out the following series of media products in English, French, Kreyol and Spanish:

Pousser la mer pour y habiter
Par Panos Caraïbe

Mariani /Changement climatique
Des marginaux à l’assaut du littoral


Déborder les limites du rivage jusqu’à combler la mer de débris – pneus usagés, bouteilles, métaux, immondices – pour implanter une masure, la formule est connue de tous. A Mariani, plus que la vitesse saccadée des débats sur le changement climatique, des marginaux poussent la mer pour y habiter.

Mariani, dépendant administrativement de la Commune de Gressier, un cas d’espace ! Dans ce village pris en sandwich entre Carrefour et Gressier – deux agglomérations à la silhouette monstrueuse –, à mesure que la chaîne de bicoques s’étire, les damnés de la mer y jettent des débris pour en faire de nouveaux emplacements. « Dans ce bidonville les risques sont négligés tant des riverains que des autorités, se désole Jean Jelaime, secrétaire général de l’Organisation pour le développement de Mariani (ODM). Quand les autorités ne se font pas complices des riverains, ils font semblant de ne pas mesurer les risques encourus par les milliers de familles qui habitent l’espace. »

Avouant son impuissance, Emmanuel Phanor, délégué de la même petite organisation locale, est lui aussi alarmé. « En ces temps de changement climatique, la mer peut monter à n’importe quel moment et emporter les ménages. Qui pis est, ils ont débordé les limites du rivage en implantant des bicoques sur des immondices aménagées à cette fin », craint le jeune leader communautaire, me montrant un bicoque implanté au milieu d’une masse de boue parsemée de détritus. Jean Max, un jeune étudiant en communication sociale, est d’accord. « L’une des conséquences entraînées par les changements climatiques c’est que la mer reviendra tôt ou tard à sa place. A ce moment, il ne faudra pas accuser Agwe – Ndlr : le dieu de la mer, dans la mythologie vaudoue –, car en Haïti tout est une question de mystère », prévient-il.

Constamment menacés, surtout en saison cyclonique, certains riverains érigent des barricades faites de pneus usagés, de sacs en plastiques etc… pour tenter de contenir les vagues de la mer. « Les eaux savaient monter légèrement, mais nous n’avons pas peur. C’est une mer calme, minimise Assoni Lexima. Voyons, j’ai construit deux petites pièces à la sueur de mon front. Que veux-tu je fasse. » Originaire des Cayes, cet maçon habite avec sa femme et ses deux enfants. Dans ce bidonville sans eaux, sans électricité et sans canaux d’évacuation, où des milliers d’âmes respirent à longueur de journée les odeurs nauséabondes d’un abattoir, certains sont plus ou moins conscients. « En période cyclonique, nous vivons avec une épée Damoclès sur la tête. Nous sommes des proies pour les chiens enragés », se résigne Phanord Valmond


Le maire a-t-il le mal de mer ?

Là-bas, comme un peu partout sur les sur les 1771 kilomètres de côtes que compte Haïti, les mauvais exemples viennent parfois d’en haut. « Cité Estinvil, le premier bidonville construit près du rivage est l’œuvre d’un grand don devenu Maire de la zone, raconte un environnementaliste sous couvert de l’anonymat. Il a loué les maisonnettes à des familles frappées par la crise de logement que connaît le pays. D’ailleurs la cité porte son nom. » (as-tu une idee de la date que les gens ont commence a construire dans ce quartier)

Jean Valcius Estinvil, le Maire de Gressier, n’en démorde pas. « Dans un avenir pas trop lointain, je compte construire une trentaine de maisons au profit de ceux qui habitent dans des zones à risque. Je cherche aussi des financements nécessaires à un marché public de trois étages, Je n’ais pas d’ennemi. Mon ennemi à moi c’est la misère et l’ignorance », promet le Maire qui étale ses projets, sans vouloir entrer en polémique avec quiconque.

Autant que les vagues maritimes, la fourmilière humaine des cités Estinvil et Mariani I, ont aussi peur des eaux torrentielles qui déferlent de la montagne d’en face. « Si les marginaux affrontent les risques, certaines oiseaux semblent avoir du plomb dans l’aile, en fuyant la zone. L’atmosphère n’est pas propice aux Flaman Lanmè et aux Lamantins », se lamente Jean Jelaime, suggérant une expertise pou évaluer la situation et prendre les mesures susceptibles de protéger les riverains.

Changement climatique oblige, Emmanuel Phanor est plus direct : « Il faudra coûte que coûte reloger les bicoques pour sauver les familles qui habitent les limites du rivage. »

Source : Panos Caraïbe - [posté le 12/03/2008]

haiti@panoscaribbean.org