Productions
The Panos Institute Caribbean supports journalists from all around
the region, to jointly produce and disseminate information. Currently,
Panos brings out the following series of media products in English,
French, Kreyol and Spanish:
Panos Caraïbes/ Ministère de l'environnement
Renforcer la capacité des journalistes pour sensibiliser le public sur les problèmes de l'environnement en Haïti
Intervention de Pierre Manigat Junior
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Photos: (Francois Louis) |
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Photos: (Francois Louis) |
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Photos: (Francois Louis) |
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Photos: (Francois Louis) |
Je remercie chaleureusement Panos Caraïbes et le ministère de l'Environnement de m'associer à leur louable initiative d'organiser une session de formation placée sous le thème : « Renforcer la capacité des journalistes pour sensibiliser le public sur les problèmes de l'environnement en Haïti ». Au-delà de son caractère événementiel, je persiste à dire que l'initiative est très louable dans la mesure où d'une part, il est obligatoire de penser continuellement à renforcer la capacité des journalistes en toute matière et d'autre part, ils est question de sensibiliser la population haïtienne sur un problème très préoccupant qui est l'Environnement.
Il m'a été demandé, dans le cadre de cette session de formation, de faire « Comprendre le rôle de la presse dans la lutte pour la protection de l'Environnement », de manière spécifique. Débattre de ce sous-thème m'enferme dans un grand dilemme. Comment parler du rôle primordial de la presse, de la communication, de l'information dans toute action humaine, à des initiés, à des journalistes sans enfoncer une porte ouverte ? Ce serait une insulte de prétendre faire un cours à des journalistes sur le pouvoir de la presse, de la communication, de l'information... J'ai beaucoup trop de respect pour mes confrères pour leur infliger cette peine, pour gaspiller leur temps qui aurait pu servir à de profondes réflexions sur les problèmes, les difficultés, les manquements qui affligent notre société.
Etant donné que je me retrouve dans un petit cercle d'initiés, je préfère jouer franc jeu, aborder le sous-thème proposé sous un angle qui peut susciter un débat fructueux sur la réalité environnementale du pays. Je suis donc tenté de poser la question fondamentale : y aurait-il une lutte que mène l'Etat haïtien pour la protection de l'Environnement à laquelle la presse n'apporte pas son soutien et sur laquelle il faudrait sensibiliser les journalistes que nous sommes ? Cette question va constituer l'axe principal de mon intervention.
On a tendance, en Haïti, à réduire l'Environnement, ou encore, la lutte pour la protection de l'environnement aux manifestations accompagnant les journées internationales de l'Eau, de l'Habitat... aux actions ponctuelles, aux opérations coup de poing pour le reboisement... Ce ne sont, en fait, que des aspects très superficiels du programme de lutte pour la protection de l'Environnement d'un Etat conscient de la dégradation de son système écologique, d'un Etat soucieux de planifier et de gérer l'espace occupé par ses habitants.
L'Etat haïtien mène-t-il une lutte pour la protection de l'Environnement ?
A mon humble avis, l'Etat haïtien ne s'est jamais préoccupé de protéger l'Environnement et ne se soucie pas encore de le faire. La question de l'Environnement ne saurait être résolue par la simple création d'un ministère. Un ministère exécute la politique de l'Etat dans un domaine donné. Et dans le cas qui nous concerne, je vois mal qu'on puisse parler de « protection de l'Environnement » sans que préalablement l'Etat n'élabore une « Politique d'aménagement du territoire », qui doit être suivie et exécutée rigoureusement.
« Toute nation doit se doter d'une politique d'aménagement de son territoire afin d'atteindre les objectifs suivants :
- l'orientation de la planification du développement des différentes régions ;
- l'organisation d'un réseau urbain hiérarchisé ;
- planification du réseau de communication (air, terre, eau, chemin de fer, électronique) ;
- l'exploitation de ses richesses naturelles ;
- la rationalisation des dépenses publiques pour les institutions scolaires, hospitalières, administratives et autres ;
- la coordination des programmes d'assistance au développement économique ;
- la réorganisation des programmes particuliers, telles l'habitation et la rénovation urbaine ; »
Jusqu'à aujourd'hui, notre territoire est un véritable défi à « l'urbanisme qui est la planification et la gestion de l'espace occupé par l'homme lorsqu'il se regroupe pour habiter, travailler, se détendre ou exploiter des ressources...» C'est par l'urbanisme qu'une collectivité, peu importe sa taille, se crée un milieu de vie, se dote de règles d'occupation et d'utilisation du sol, met en valeur son environnement , protège son patrimoine et vit en harmonie avec elle-même ».
On ne peut parler de lutte pour la protection de l'environnement sans une saine occupation du sol, sans concevoir, planifier, exécuter des actions d'urbanisme qui passent par :
- la politique nationale d'aménagement du territoire qui englobe le territoire national, le pays ;
- la planification régionale qui concerne la région ou encore le département ;
- le schéma d'agglomération pour l'agglomération ;
- le plan d'urbanisation qui organise la ville, le village, la municipalité rurale ;
- Le plan détaillé du quartier ou du projet qui se rapporte également à la ville, au village, à la municipalité rurale (ou section communale) la politique nationale d'aménagement du territoire ainsi que toutes ces actions d'urbanisme doivent absolument être conçues et gérées dans le cadre d'une loi appropriée.
Quel est, dans ces conditions, le rôle de la presse dans la lutte pour la protection de l'Environnement en Haiti ?
Quand on parle de la presse ou sous-entend les journalistes. Je n'arrêterai pas de dire que l'initiative est louable dans la mesure où il est indispensable de former les journalistes pour qu'ils puissent, à leur tour, former leur public cible ; indispensable de les sensibiliser pour qu'ils puissent sensibiliser la population, l'orienter, la convaincre... Mais on aurait tort de considérer les journalistes comme des prestidigitateurs, des omnipotents, des diseurs de bonnes aventures ou des idiots utiles.
Pour bien saisir mes légitimes appréciations, je vous réfère à l'ouvrage « En toute urbanité » paru aux « Editions Mémoire » dans la « Collection Rupture », sous les presses de « Imprimeur II » durant l'année 2001. « En toute urbanité » est une compilation d'articles du célèbre architecte et urbaniste Albert Mangonès, de regrettée mémoire, parus dans « Reflets d'Haïti » entre octobre 1955 et mars 1956.
Dans un article paru le samedi 12 novembre 1955, l'architecte urbaniste Mangonès disait :
« Je ne doute pas qu'un ministre des Travaux Publics qui attachera son nom à la création (d'une commission provisoire du plan directeur de la ville de Port-au-Prince) se paie un billet de première classe pour la postérité. Car il faut comprendre, il est presque trop tard. Cette ville nous échappe. Dix ans encore de la présente anarchie, sans même une accélération de la cadence de la croissance des problèmes, et nous aurons une ville parfaitement invivable ».
Etait-il, Albert Mangonès, un prophète de malheur ou simplement un visionnaire, un Haïtien qui avait utilisé sa conscience, à savoir son expertise pour exiger, en homme d'Etat, la planification et la gestion de son territoire ? Quelques années plus tard, au cours d'un entretien accordé à l'historien Roger Gaillard, l'architecte-urbaniste Albert Mangonès a encore déclaré que « Port-au-Prince est en passe de devenir un monstre ».
Port-au-Prince n'est-elle pas aujourd'hui « une ville parfaitement invivable » ? Port-au-Prince n'est-elle pas devenue « un monstre» comme il prophétisait ?
Le rôle de la presse dans la lutte pour la protection de l'Environnement ne peut se concevoir si au niveau de l'Etat il n'est pas appliqué une politique en matière de Communication sociale. Si au niveau de l'Etat, il n'est pas clairement défini une stratégie nationale de communication pour le développement.
Les faiblesses au niveau du système de communication nationale ne peuvent être corrigées par la simple bonne volonté ou bonne foi de quelques journalistes sensibilisés aux problèmes de l'Environnement ou du développement national.
Le temps qui m'est imparti étant très court, je me garde de m'étendre sur la nécessité pour l'Etat haïtien d'élaborer une politique nationale de Communication pour le développement. Mais je ne peux m'empêcher de souligner le vide juridique, le vide institutionnel dans lequel nous nageons très dangereusement. Il est donc naturel que l'Etat ne puisse compter sur des partenaires pour transmettre ses messages ou pour l'accompagner dans une quelconque lutte. Il est naturel que l'Etat ne puisse même pas compter sur les médias dont il dispose, à savoir la radio et la télévision nationale, en raison du fait que nous n'appliquons jusqu'ici aucun système de communication national.
Il n'y a pas aujourd'hui un ministère chargé de la Communication et de l'Information. Il n'y a aucune instance de régulation en matière de Communication s'il faut excepter le Conseil National de Télécommunication, (CONATEL) qui, en fait n'est qu'une simple agence nationale de fréquences.
Les journalistes, la presse ne peuvent jouer effectivement leur rôle dans la lutte pour la protection de l'Environnement si, et seulement si, l'Etat se résoud à définir une stratégie nationale de communication. A travers laquelle, la radio, la télévision, les moyens de communication de masse puissent assumer pleinement leur statut de service public en faisant une différence claire et nette entre la publication commerciale et la promotion d'intérêt public.
Une stratégie nationale de communication à travers laquelle il est obligatoire de trouver des formes de concertation sur la base de la reconnaissance de la complémentarité entre les institutions publiques et de la société civile en matière de communication pour le développement. Il est malheureux que des associations de la société civile de défense ou de protection de la nature comme FAN, Alerte... ne soient pas associées à cette initiative. Il faut chercher à savoir ce qui provoque cette désaffectation de certaines revues, de certaines associations pour la lutte pourla protection de l'Environnement.
Il y a des millions qui sont injectés dans la lutte contre le SIDA, contre le Cancer, pour la défense des droits humains, des droits de l'enfant, pour la promotion de la paix. Il faut se demander dans quel environnement les gens vont vivre quand ils auront recouvré la santé, leur droit et la paix. La planification et la gestion du territoire n'ont-elles des incidences importantes sur la santé, sur la jouissance des droits fondamentaux de l'homme, sur la sécurité publique.
Pierre Manigat Junior
Bibliographie
Initiation à l'urbanisme Claude Lavoie
Editions Georges le Pape
En toute urbanité
Albert Mangonès
Editions Mémoire
Dictionnaire des Médias
Francis Balle
Larousse
Les problèmes environnementaux de la région métropolitaine de Port-au-Prince
Dossier préparé sous la direction de l'Ing. Gérard Holly
Commission pour la commémoration du 250e anniversaire de la fondation de la ville de Port-au-Prince-1999.
Source: lenouvelliste.com [ Posté le 22/02/2007] |